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La découpe du bétonBati N° 26 - Juil. 14
La résistance par l’innovation

Etroitement lié à la conjoncture économique de la Construction et des Travaux Publics, le marché de la découpe du béton a été directement impacté par les récents résultats de ces deux secteurs d’activité. Toutefois, les différents acteurs présents sur ce marché, qu’ils soient spécialistes du disque diamant ou de l’outillage électroportatif et thermique, n’ont cessé d’améliorer leurs produits pour apporter encore plus de plus-value. Mieux, en axant leur stratégie de développement autour de l’utilisateur pour améliorer sa productivité, sa sécurité et son confort de travail, ils sont parvenus à conserver un volume de ventes tout à fait acceptable dans le climat économique actuel et affichent même aujourd’hui un certain optimisme quant à l’avenir de leur marché… à conditions que les promesses faites sur le logement et les commandes publiques soient tenues.

Selon les prévisions établies par la FFB (Fédération Française du Bâtiment) à la fin de l’année 2013, l’activité générale du bâtiment devrait s’établir en 2014 autour de -0,4% en volume (-0,5% pour le neuf et –0,2% pour la rénovation) soit une légère amélioration après les baisses successives de -1,2% en 2012 et surtout -2,6% en 2013. Le nombre de mises en chantiers de logement devraient en effet s’établir fin 2014 à 339 550 unités alors qu’il ne fut que de 332 700 l'an passé. Reste que ces chiffres demeurent bien en deçà de « l’Objectif 500 000 logements » lancé en novembre 2013 par le précédent ministre du logement Cécile Duflot qui devait relancer l’activité du Bâtiment. Le pessimisme est encore plus fort du côté de la FNTP (Fédération Nationale des Travaux Publics). Début mai, Bruno Cavagné, président de la Fédération confirmait les prévisions négatives pour 2014 qui devraient se traduire par une baisse d’activité de -4%, après une année 2013 étale (-0,6%) sauvée par un rebond salvateur au quatrième trimestre dû au lancement d’ouvrages routiers et la reprise de chantiers laissés en stand-by du fait des mauvaises conditions météorologiques du premier trimestre. L’activité des travaux publics devrait donc être la plus faible depuis 15 ans d’autant que les commandes publiques sont quasi nulles à l’exception d’investissements ferroviaires et que l’état s’est engagé à baisser de onze milliards d’euros ses dotations aux collectivités locales d’ici 2017. Cette situation conjoncturelle impacte directement les entreprises de travaux publics, les entreprises de la construction et l’ensemble des artisans du bâtiment qui, faute de prévisions sur leur activité, rencontrent de plus en plus de problèmes de trésorerie du fait d'un recul des prix et de délais de paiements clients qui augmentent, le plus souvent au-delà du seuil de 45 jours fixé par la LME.

Le marché du diamant résiste

Compte tenu de l’importance du béton qui est de loin le matériau le plus utilisé dans les secteurs des travaux publics, de la route, du génie civil et de la construction (il représenterait par exemple près de 65% de part de marché sur la maison individuelle), ces chiffres impactent naturellement toute la filière béton, à savoir, comme nous venons de le mentionner, les utilisateurs mais aussi les producteurs et les négoces matériaux. Sont également touchés les fabricants et fournisseurs d’outils liés à l’utilisation de ce matériau, notamment sa découpe, application qui concerne les marchés des carotteuses, des disques diamants et des machines utilisables avec ces consommables. Dans ce dossier, nous nous concentrerons uniquement sur le découpage, le forage/carottage ayant fait l’objet d’un dossier thématique paru dans notre numéro 24.

De l’avis des différents fabricants de disques diamant que nous avons interrogés, l’évolution du marché diamanté suit logiquement celles du TP et de la construction. Le Cisma (Syndicat des équipements pour la Construction, Infrastructures, Sidérurgie et Manutention) annonce ainsi une baisse du marché global des outils diamantés (disques, couronnes, câbles, plateaux…) de l’ordre de -2% en 2012 qui fait suite à la forte chute enregistre en 2011 (-16,3%). Cette baisse traduit parfaitement celle ressentie uniquement sur les disques diamants (-2%) qui représentent environ 84% du marché, soit un marché estimé en 2012 à 79,8 millions d’euros (source Cisma).

Cette tendance baissière se confirme également sur le marché des machines (machines de tronçonnage, scies murales, scies de sol, surfaceuses de sols, carotteuses, découpeuses thermiques…) qui a présenté un recul de -7,7% en 2012 (source Cisma).
Concernant les découpeuses thermiques, la tendance est plutôt à la stabilité avec un marché établi autour de 15,5 millions d’euros en 2012, soit environ 24 200 unités. Quant aux meuleuses (machines non prises en compte par le Cisma), le marché se situerait, pour les versions concernées par cet article (nous y reviendrons) aux alentours d’une cinquantaine de millions d’euros.
Malgré l’ensemble de ces prévisions et résultats, les fournisseurs présents sur le marché de la découpe du béton conservent un certain optimisme quant à l’avenir de ce secteur, les pertes rencontrées dans le neuf étant palliées par la bonne tenue de la rénovation. De plus, à la différence de l’industrie, la construction n’est pas délocalisable et le marché français est loin d’être saturé.

Les disques diamant, un marché ciblé

Outre les différentes raisons conjoncturelles, la résistance du marché du disque diamant tient également aux nombreuses innovations et évolutions qu’ont réalisées les différents acteurs du marché pour apporter plus de productivité tout en prenant en compte les notions de sécurité et de confort des utilisateurs.

Le marché des disques diamant qui concerne la distribution professionnelle, et plus particulièrement les négoces matériaux, comprend les disques de 115 mm de diamètre jusqu’à 400 mm voire 600 mm, les plans de stockage s’arrêtant toutefois souvent au diamètre 350 mm qui répond aux disques les plus importants montés sur des scies sur table que nous n’aborderons pas dans cet article. Au-delà de cette « limite » du 350 mm, les négoces matériaux sont en concurrence avec les loueurs de matériels de chantiers qui facturent les disques diamant au millimètre d’usure, le plus souvent en complément de la location d’une découpeuse thermique ou d’une scie de sol, cette dernière machine utilisant des disques diamant d’un diamètre maximal de 600 mm – les disques diamant d’un diamètre supérieur à 600 mm sont très majoritairement commercialisés en direct à l’attention de prestataires spécialisés dans la découpe et le forage diamant.

Dynamisme des disques multi-matériaux

Apparu il y a une dizaine d’années, le disque diamant multi-matériaux fait aujourd’hui figure d’incontournable dans les linéaires des négoces matériaux et représente désormais les plus gros volumes de vente. Il présente en effet l’avantage de convenir aussi bien à la découpe du béton et de l’asphalte et évite donc à l’utilisateur des changements de disque (et donc amélioration de la productivité) et au distributeur de multiplier le stockage de références. Le seul bémol de ce type de disque demeure ses performances qui, bien qu’en nettes progressions, sont encore inférieures à celles des disques diamant spécifiques.

Rappelons qu’un disque diamant est formé à partir d’une âme (ou corps) en acier traité couronnée de segments diamantés qui déterminent les propriétés abrasives du disque et donc son application. La partie diamant de ces segments est fabriquée à partir d’éléments métalliques (cobalt, nickel, fer…) liés à des grains diamants (aujourd’hui essentiellement synthétiques) rapportés par soudure laser (technique la plus utilisée aujourd’hui car gage de qualité) ou par frittage. De la nature du liant dépend l’utilisation du disque puisque si un liant dur répond parfaitement à la découpe de l’asphalte et autres matériaux tendres et abrasifs, un liant tendre est privilégié pour la découpe de matériaux durs non abrasifs comme le marbre, le liant spécifique des disques multi-matériaux se positionnant entre ces deux extrémités pour répondre, à un niveau d’exigence moindre, à plusieurs matériaux.

Hauteur de segment limitée

Dans les premiers articles thématiques que nous avions consacrés aux disques diamant, nous évoquions les efforts de recherche et développement réalisés par les fabricants sur la hauteur des segments, caractéristique technique qui devait sensiblement augmenter les performances des disques. Il s’est finalement avéré que cet axe de développement limitait surtout la durée de vie des disques, les segments trop hauts ayant tendance à casser plus facilement ce qui, par ailleurs, engageait la sécurité de l’utilisateur. Aujourd’hui, la hauteur des segments est normalisée, la hauteur maximale dépendant de la longueur du talon afin que celui-ci puisse accepter les efforts exercés. Sans rentrer dans les détails de la norme EN 13236 obligatoire pour les disques diamant commercialisés en France et montés sur machines électroportatives, retenons que les disques utilisés pour la découpe du béton et présents dans les négoces matériaux présentent des segments dont la hauteur varie de 10 à 17 millimètres.

Les performances des disques diamant ont également été améliorées par l’usinage de perforations réalisées dans l’âme afin d’éviter les échauffements excessifs. Toutefois, comme pour les hauteurs des segments, ces perforations sont aujourd’hui normées et leur quantité ne doivent pas dépasser 20% de la surface du disque. Elles doivent également être usinées à distance raisonnable du centre du disque qui est l’une des zones les plus fragiles car fortement soumise aux pressions lors de la coupe.