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La découpe du bétonBati N° 10 - Juil. 10
Un marché en phase de démocratisation

Le marché du sciage béton n’échappe pas à la morosité ambiante. Les ventes de découpeuses et de scies à sol sont en baisse, de même que leurs outils diamantés. Néanmoins, si les loueurs souffrent particulièrement de la situation actuelle, les négoces en matériaux semblent mieux tirer leur épingle du jeu. Ils profitent de la tendance à l’équipement de la part d’entreprises de BTP qui, auparavant, passaient par la location ou des prestataires de services pour se développer sur le marché des disques de grand diamètre et leurs équipements. Un univers dont ils étaient pratiquement absents il y a seulement quelques années.

L’enthousiasme n’est pas de mise. Eprouvées ces deux dernières années par la baisse des mises en chantier, les ventes d’outils pour la découpe ou le sciage du béton, qu’il s’agisse de machines (découpeuses, tronçonneuses, scies de sol...) ou de consommables (disques ou chaines diamantés) semblent renouer avec une croissance bien timide sur le premier trimestre 2010. De l’avis de tous les professionnels, la prudence est de rigueur. Des ventes en dents de scie ne sont pas toujours synonymes de véritable reprise sur le long terme. Et l’équation est simple : pas de chantiers, donc pas de machines et pas d’outils diamantés !

Les données du Cisma, le syndicat des constructeurs de biens d’équipement pour le BTP, la manutention et la sidérurgie, ne laissent pas place à l’équivoque. Après plusieurs années d’euphorie, le chiffre d’affaires des outils diamantés a globalement chuté en 2009 de 21%. Ce résultat est établi à partir des déclarations des adhérents du Cisma et de projections sur les chiffres d’affaires des autres intervenants de ce secteur. Au sein de ce marché du diamant, les disques de 300 à 500 mm de diamètre, fonctionnant sur des découpeuses ou scies à sol, ont eux enregistré un retrait de 18%. Quant aux disques diamants supérieurs à 500 mm, ils ont reculé, toujours sur la même période, de 33 % ! L’ensemble des disques de grand diamètre (au dessus de 300 mm) représente tout de même quelque 40% des ventes en valeur des outils diamantés. « Compte tenu de la faiblesse de l’activité dans le Bâtiment et les Travaux Publics, les gros donneurs d’ordre n’ont pas passé de commandes » résume Paul Seignolle, président de la section Diamant au Cisma. Et force est de constater que le premier trimestre 2010 n’est pas plus souriant, un phénomène amplifié par un hiver des plus rigoureux. Les disques de 300 à 500 mm de diamètre observent un nouveau retrait de 35% sur un marché global de l’outil diamanté en baisse de l’ordre de 15 à 17%. « Je ne pense pas que des chantiers sortiront d’ici la fin de l’année, d’autant que les grands donneurs d’ordre publics vont être soumis à des rigueurs budgétaires. Les investissements vont encore se réduire » poursuit Paul Seignolle.

La découpeuse domine les ventes

L’essentiel des ventes du sciage béton, en quantité du moins, est constitué par les découpeuses portatives à motorisation thermique, fonctionnant avec des disques diamant de Ø 300 ou 350 mm. Ce type de machines a été pendant longtemps l’apanage des loueurs mais depuis quatre ou cinq ans, les négoces en matériaux ont effectué une percée significative sur ce marché. Aujourd’hui, ils opèrent surtout sur le cœur des ventes (300-350 mm), dépassant rarement le diamètre 400 mm. Les loueurs peuvent proposer des diamètres jusqu’à 450 mm mais au delà, le marché passe entre les mains des prestataires de service, des entreprises spécialisées dans le découpage et le forage du béton qui s’approvisionnent essentiellement en vente directe.

Encore confidentiel, les poids des tronçonneuses à chaine diamantée tend également à se développer en France, chez les négociants et les loueurs. Elles sont surtout utilisées sur le second œuvre. Selon le Cisma, les ventes de câbles diamantés enregistrent d’ailleurs une baisse un peu moins affirmée sur 2009 (-10%).

En revanche, dès que le sciage concerne des chantiers de BTP plus lourds, en rénovation ou sur le neuf, les négoces en matériaux sont peu présents. Sauf bien entendu les enseignes qui disposent de points de vente spécialisés TP.

Les loueurs interviennent également sur le marché des scies à sol, fonctionnant avec des disques de 300 à 450 mm, passant souvent là encore le relais aux prestataires pour les diamètres supérieurs.

En revanche, les prestataires dominent l’activité des scies murales, machines qui peuvent utiliser des disques de 750 à 900 mm, voire 1200 mm, dédiés à des chantiers de grande envergure

De la location vers l’achat

Grands donneurs d’ordre sur le marché du sciage béton, les loueurs, qui détiennent environ 60% du marché des disques de gros diamètres, ont le plus souffert du manque d’activité de leurs clients et n’ont pas renouvelé leur parc en découpeuses ou scies à sol. Par ailleurs, ils sont de plus en plus concurrencés par la distribution traditionnelle, négoces en matériaux et quincaillerie en bâtiment parfois.
En effet, alors qu’il y a une dizaine d’années à peine, les marchands de matériaux se cantonnaient aux disques diamants de 125-230 mm convenant pour de petites applications béton réalisées par les maçons et carreleurs, les négociants s’intéressent aujourd'hui de plus en plus aux machines et disques de grands diamètres. Ils profitent il est vrai d’un changement au niveau du comportement des utilisateurs finaux. Auparavant, les entreprises de BTP d’une quarantaine de salariés n’achetaient pas forcément ce type de matériel, machine et disques compris, et faisaient appel aux loueurs et aux prestataires de service. Aujourd’hui, démocratisation des prix aidant, les entrepreneurs positionnés notamment sur la rénovation et la réhabilitation n’hésitent plus à investir dans du matériel, vite amortissable dès qu’ils sont confrontés à un chantier nécessitant plusieurs ouvertures à réaliser ou dalles béton à rénover. Cette approche leur permet de mieux contrôler leurs coûts et d’être autonomes, une préoccupation qui prend tout son relief dans le climat économique actuel.

Conséquence, les ventes de disques diamant BTP de grands diamètres pour découpeuses portatives ont explosé dans les ventes des industriels qui opèrent en négoce, à l’instar de Sidamo. Et ceux qui sont surtout positionnés chez les loueurs, comme Gölz, réussissent à compenser leur perte d’activité sur leur marché phare en se développant dans le négoce.

De nouvelles opportunités

Les tronçonneuses profitent également de cette tendance à l’investissement. Spécialiste et leader du marché de la tronçonneuse à chaîne diamantée, ATDV, importateur exclusif en France de l’Américain ICS, enregistre ainsi une croissance de ses ventes de l’ordre de 10%. Ce matériel profite d’une grande souplesse d’utilisation, pour une profondeur de coupe similaire à celle de la découpeuse, tout en permettant de réaliser des coupes propres en angle droit, plus aisément que ne le fait un disque.

Dans le même ordre d’idées, pour répondre aux besoins de ces entrepreneurs en phase de premier investissement, Adamas vient de sortir une petite scie murale, guidée par un rail, ce qui permet alors à l’outil d’accepter des disques allant jusqu’à 540 mm, pour une profondeur de coupe de 21 cm. L’entrepreneur a ainsi les moyens de faire face à l’épaisseur traditionnelle des murs de l’hexagone.