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La découpe du carrelageBati N° 28 - Janv. 15
Saisir l’opportunité d’un matériau tendance

Dominé ces dernières années par les revêtements bois, le carrelage est aujourd’hui, par sa variété et les nouvelles possibilités qu’il autorise, un matériau au cœur des tendances décoratives de l’habitat. Bien que technique et principalement mis en œuvre par des professionnels, il reste pourtant sous-estimé par les négoces matériaux qui, en donnant priorité à leur cœur de métier, passent à côté d’un secteur porteur. Car, réussir à vendre du carrelage et ainsi répondre aux nouvelles attentes des particuliers et donc des artisans, c’est également commercialiser tous les outils nécessaires à la découpe et à la mise en œuvre des carreaux… autant dire des produits souvent techniques et à forte valeur ajoutée qui permettent de conserver des marges relativement importantes, un plus dans le contexte économique actuel. Pour autant, il est bien évidemment impossible pour un généraliste de se muer en spécialiste du jour au lendemain ; d’où l’importance de savoir sélectionner les produits notamment en ce qui concerne les outils de découpe pour à la fois coller aux habitudes de sa clientèle carreleur qu’à l’évolution du carrelage.

Comme souvent dans BATIdistribution, nous commencerons ce dossier portant sur la découpe du carrelage par avancer quelques données chiffrées. S’il est difficile de déterminer un volume concernant les outils que nous allons détailler dans cet article thématique, il nous a été en revanche possible de recueillir quelques chiffres propres au carrelage dont l’évolution de marché, vous vous en doutez, influence grandement les ventes d’outillages dédiés commercialisés dans les négoces matériaux et les distributeurs spécialisés. Ainsi, selon l’EUF, association européenne qui regroupe les fédérations nationales des entreprises de carrelages (dont la division carrelage de la FFB qui nous a transmis certaines de ces données), la consommation française annuelle de carrelage se situait en 2012 aux alentours de 122,5 millions de mètres carrés contre 124,8 millions en 2001 et 119,2 millions en 2010 – le marché européen dépasse pour sa part les 1 509 millions de mètres carrés –. Retenons le ratio de deux mètres carrés par habitant qui est plus ou moins la moyenne du marché français depuis plusieurs années.

Avec une consommation loin d’être négligeable, le carrelage se positionne comme un matériau stratégique bien qu’il ne soit pas, à proprement parlé, une spécialité française. En effet, bien que, sur le marché des revêtements de sol (commercial et résidentiel), il fasse figure de numéro un avec une part de marché de 40% contre 24% pour les textiles, 19% pour les sols stratifiés et 6% pour les parquets, sa production en France reste faible. Ainsi, en 2012, les fabricants français ont produit « seulement » 25 millions de mètres carrés quand les deux principaux producteurs européens, l’Italie et l’Espagne affichaient un volume supérieur à 400 millions de mètres carrés chacun. Conséquence de cette sous-production, la France est un pays qui exporte peu de céramiques (environ 6,5 millions de mètres carrés) et qui donc importe des volumes importants (104,1 millions de mètres carrés), principalement en provenance d’Italie (48,5% des importations), d’Espagne (26,6%), du Portugal (11,3%) et de Turquie (4,3%).

Un matériau professionnel et technique

Concernant ses ventes, le carrelage est majoritairement commercialisé par des distributeurs professionnels (surtout des spécialistes) qui regroupaient, en 2013, 63% des ventes en valeur. De ce fait, les poseurs sont principalement des professionnels (65% du marché), le secteur du carrelage en France rassemblant plus ou moins 5 000 entreprises pour un total d’environ 25 000 carreleurs (à titre indicatif, l’Espagne compte 85 000 carreleurs). Cette professionnalisation du marché tient à plusieurs raisons. D’abord, il convient d’admettre que poser du carrelage n’est pas une mince affaire et préparer le support, découper les carreaux (nous y reviendrons), coller, jointoyer, nettoyer… sont des étapes aussi techniques que cruciales dans l’obtention d’un résultat final de qualité. Mais, outre la mise en œuvre, le choix du carrelage en lui-même nécessite la prise en compte d’un certain nombre de paramètres qui dépassent le cadre du simple aspect visuel. Par exemple, la faïence est un revêtement qui peut se décliner dans une grande variété de coloris mais qui, du fait d’une double cuisson lors de sa fabrication est relativement fragile, sa pose n’étant autorisée que sur les murs intérieurs. Il existe également une grande variété de grès, la quasi-totalité des ventes se canalisant sur le grès cérame, un carrelage particulièrement résistant du fait de sa composition à partir d’argile et de silice et d’une vitrification à une température de 1 300 °C.

Le grès cérame, carrelage numéro un

Le grès cérame se décline en différentes versions selon la nature du chantier (intérieur, extérieur…) et l’esthétisme désiré. Par exemple, le grès cérame pleine masse possède une structure interne identique à sa surface qui peut être lisse pour une pose en intérieur ou structurée pour une mise en œuvre en extérieur. Il est surtout préconisé pour revêtir les zones de passage intense et affiche une grande résistance au gel et aux rayures. Le grès cérame émaillé est quant à lui recouvert d’une fine couche d’émail qui le rend à la fois résistant et peu poreux. Il convient donc parfaitement pour les zones de grand passage tout en permettant de varier les univers décoratifs, du traditionnel au plus contemporain. Le grès cérame poli est quant à lui très compact et sa surface présente un aspect brillant non émaillé et est légèrement poreuse. Ce grès ne se pose donc qu’en intérieur et doit impérativement subir un traitement anti-tâche soit après la pose, soit, depuis l’arrivée de la nanotechnologie, lors de sa fabrication. De couleur unie ou d’imitation marbre, il est principalement utilisé pour créer des ambiances luxueuses. De plus en plus rare du fait d’un process de fabrication long nécessitant le passage des matières premières dans une tréfileuse, le grès étiré est préconisé pour apporter au sol un décor rustique à l’instar des carreaux de terre cuite qui sont considérés comme les premiers carrelages et dont l’aspect chaleureux séduit toujours. A noter qu’en plus des différents grès que nous venons de citer, le marché du carrelage regroupe d’autres types de matériaux comme la mosaïque (pâte de verre), les briques de verre…

Des formats de plus en plus importants

Compte-tenu de des propriétés que nous venons d’énumérer, le choix de tel ou tel carrelage peut dépendre du type de pièce dans laquelle il sera posé. Retenons que plus le lieu est passant, plus le carrelage devra être résistant aux chocs et aux tâches, un grès cérame pleine masse ou émaillé convenant parfaitement dans une cuisine (certains sont plus robustes que l’acier) quand les faïences sont uniquement préconisées pour revêtir les murs d’une cuisine ou d’une salle de bain. La destination du carrelage répond à des normes qui prennent en compte différents critères comme la résistance du carreau à l’usure, à l’eau, aux tâches…

Une fois la nature du carreau sélectionnée, il convient de déterminer son format qui influencera directement sur son type de pose (rectiligne ou diagonal) et sur le volume final apporté à la pièce. En effet, il est d’usage d’utiliser des grands formats de carreaux pour des surfaces importantes (à partir de 30 m2) et, au contraire, de privilégier les petits formats pour les pièces plus petites. Depuis plusieurs années, la tendance du marché s’oriente vers des carreaux de plus en plus grands suivant ainsi l’évolution de l’aménagement de l’habitat qui privilégie davantage une grande pièce de vie intégrant une cuisine ouverte plutôt que la multiplication des pièces cuisine - salle à manger - séjour. Ainsi, s’il y a encore une petite dizaine d’années, le standard se focalisait sur des carreaux de 30 x 30 cm, le cœur de vente se situe désormais sur le format 40 x 40 cm voire 60 x 60 cm. Si cette évolution est, somme toute, mesurée pour le marché du résidentiel, elle est en revanche nettement plus marquée sur le secteur tertiaire (locaux commerciaux, halls d’immeubles de bureaux, hôtellerie…) où la taille des carreaux peut avoisiner les 2 x 1,80 mètres voire 3 x 1 mètres. A noter que, bien qu’il n’existe pas de corrélation directe, plus le format du carreau est grand, plus son épaisseur augmente (entre 2 et 3 mm) et plus la coupe devient délicate, d’où l’importance pour l’artisan de bien s’équiper. D’autant que la moindre épaufrure peut coûter cher, le prix d’un carreau de 2 x 1,80 mètres pouvant avoisiner les 300 euros au mètre carré. Depuis quelques temps, des carreaux « slim » ont fait leur apparition sur le marché. Malgré une épaisseur moindre, généralement de l’ordre de 1,2 mm, leur coupe est tout aussi sensible du fait de leur plus grande fragilité.

L’incontournable coupe-carreau manuel

Pour réussir une coupe parfaite des carrelages, il convient de s’équiper du bon matériel selon la nature du carreau, le type de découpe et la surface à couvrir.

Le coupe-carreau manuel qui est souvent baptisé « carrelette » en référence à la marque déposée par la société française PRCI est préconisé pour réaliser des coupes rapides, faciles sans nécessiter un quelconque apport d’énergie si ce n’est celle émanant des bras et poignées de l’artisan. Très simple d’utilisation, le coupe-carreau est constitué d’un socle sur lequel est fixé un chariot mobile dans le sens de la longueur et comprenant une tête de coupe équipée d’une molette en carbure de tungstène ou en titane. Pour couper le carrelage, il suffit de tracer une ligne de coupe sur le carreau puis de faire glisser la tête de coupe le long de cette ligne pour réaliser une première amorce, la coupe ou plutôt la « casse » finale du carreau se produisant en exerçant une pression sur la poignée du chariot. Cette simplicité ainsi que la rapidité de coupe permettent à ces machines d’être fortement plébiscitées par les artisans, sa part de marché dans la distribution professionnelle étant estimée à 60%.

Néanmoins, les coupe-carreaux manuels ne peuvent être utilisés que pour réaliser des coupes droites et dans des carreaux de dureté moyenne ne dépassant pas une certaine épaisseur ainsi que pour des surfaces peu importantes. Ils conviennent ainsi pour la pose de carrelage dans des WC, des salles de bains et généralement dans les autres pièces à condition qu’elles n’excèdent pas 10 m2 pour limiter la pénibilité du travail de l’artisan. Nous y reviendrons. Ils peuvent de fait servir à couper les carrelages muraux en faïence ainsi que les carrelages de sol de densité moyenne voire, pour les modèles les plus hauts de gamme, de densité relativement forte comme les grés cérame pleine masse. Les fabricants ont en effet augmenté la pression de séparation de leur machine, le cœur des ventes offrant désormais une pression de 550 kg contre 450 kg auparavant, les modèles les plus perfectionnés allant jusqu’à délivrer une tonne de pression quand celle-ci dépassait rarement les 500 kg il y a dix ans.