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Les bottes de sécurité BBI N° 127 - Sept. 15
Encore du potentiel sous la semelle

Longtemps limitée au port temporaire et saisonnier, la botte de sécurité devient de plus en plus un équipement de sécurité à part entière. La sensibilisation croissante des entreprises en faveur des EPI les plus adaptés aux conditions et environnements d’utilisation favorise également une montée en puissance de produits associant confort et durabilité.

La botte de sécurité n’a pas toujours été considérée à sa juste valeur. Mais se limitant de moins en moins aux champs restreints des conditions climatiques et du port temporaire, elle acquiert aujourd’hui le statut de véritable outil de travail. Sa mission est d’assurer la protection du pied conformément aux normes en vigueur (EN 20348 : 2011), notamment contre les chocs (jusqu’à 200 joules) et contre la compression (15 000 Newton) avec, selon les modèles et les exigences de l’environnement d’utilisation, des propriétés anti-statiques, une résistance de la semelle à la perforation, des caractéristiques d’adhérence aux sols lisses et meubles, etc. Les blessures aux pieds représentant environ 7% des sièges de lésion des accidents du travail, la botte de sécurité apporte donc sa contribution en matière de prévention des risques. Se distinguant d’une chaussure par la hauteur de sa tige, elle enferme le pied et la jambe jusqu’à une hauteur qui dépend de l’utilisation finale : mi-mollet, mollet, jusqu’au genou ou jusqu’au haut de la cuisse. Son rôle est donc certes d’épargner au professionnel le désagrément de voir son chaussant envahi par de la boue ou autre éclaboussure mais avant tout de préserver les pieds contre l’humidité, les projections, qu’il s’agisse d’eau, de boue, de produits acides, corrosifs ou organiques (sel, sang, huiles, graisses...) sans oublier les risques de nature électrique, mécanique, thermique, etc. Elle n’est cependant pas spécifiquement destinée à protéger le pied contre froid, même si des modèles exerçant cette fonction existent sur le marché. Pour se préserver uniquement du froid, les utilisateurs préfèrent souvent utiliser des chaussures, perçues moins lourdes et moins imposantes.

Un rôle à part entière

Cette prise de conscience du rôle à part entière de la botte contribue sans doute à une légère hausse des ventes. Certains acteurs du marché estiment celui-ci dans une fourchette comprise entre 1 et 1,2 million d’unités, soutenu par la demande croissante de secteurs comme l’agroalimentaire (chambres froides, abattoirs, laiteries, brasseries, criées de fruits et légumes...), l’industrie (pétrochimie...), le BTP (chantiers, voiries, entretien d’égouts...) et du monde agricole dont les grosses exploitations sont également dans l’obligation d’équiper dûment leurs salariés. La plupart de ces opérateurs portent des bottes de sécurité à longueur d’année, quotidiennement, d’où une montée en puissance au moment de l’achat des notions de confort et de qualité-durabilité de la botte, même si le facteur prix reste important. La notion budgétaire reste évidemment prépondérante en ce qui concerne le personnel intérimaire dont les bottes ne durent guère jamais plus longtemps que la mission.

Deux grands types de comportements d’achats sont toutefois observés. Dans les entreprises du secteur bâtiment, l’anticipation n’est pas toujours de rigueur, même avec la perspective prévisible de la saison des pluies. Lorsque le besoin de bottes se fait ressentir, c’est souvent pour tout de suite, ce qui oriente les achats sur le ou les modèles que le distributeur a en stock. Les ouvriers peuvent ensuite laisser cet équipement à disposition dans leur camionnette pour répondre à leurs besoins ponctuels.

Le reste des ventes (environ la moitié) s’effectue sur commande ou sur appel d’offres, avec une certaine anticipation et la prise en compte de différentes caractéristiques. Dans leurs cotations, les marchés grands comptes intègrent de plus en plus la notion de coût global du produit pour l’utilisateur, dont fait partie la consommation annuelle et donc la qualité du produit. Pour les fabricants, la réactivité est donc de mise, jouant de leur proximité géographique pour faire valoir leur capacité à répondre rapidement à une demande précise en une à trois semaines, sachant que le côté pondéreux et volumineux de la botte limite les aires d’approvisionnement à l’Europe (Italie, Espagne, pays de l’Est), voire à l’Afrique du Nord.

Le cuir, référence dans le bâtiment

Les différentes catégories de bottes de sécurité se déclinent en fonction de la matière qui les compose, bien que de nombreux produits soient mixtes, associant les différents matériaux entre eux. Les semelles extérieures sont ainsi en PU/PU, caoutchouc/nitrile, PVC/nitrile... selon les exigences souhaitées, notamment en termes d’adhérence, de résistance à l’abrasion, à la chaleur de contact et aux produits acides. De même, le modèle en cuir (avec ou sans lacets), véritable référence dans le bâtiment et qui se présente toujours sous la forme d’une demi-botte est dans certains cas doté de renforts en PU sur le bout du pied et sur le talon. Les coutures sont parfois en fil kevlar résistant au feu.
Appréciée pour ses caractéristiques de légèreté et de confort, puisque le cuir se déforme pour s’adapter à la morphologie du pied, cette botte est aujourd’hui conçue dans des cuirs hydrofuges, avec des doublures types Thinsulate™ qui emmagasinent la chaleur pour protéger contre le froid. Pour plus de confort, elle peut également disposer d’une tige matelassée au niveau du tibia. Néanmoins, la botte en cuir a tendance à avoir du mal à résister aux conditions extrêmes, notamment pour les modèles d’entrée de gamme, résumant alors sa durée de vie à quelques semaines. Elle est aussi sans doute moins facilement lavable.

Chacun sa spécialité

Par leur mode de fabrication, les bottes en cuir restent l’apanage des fabricants de chaussures et leurs ventes entrent d’ailleurs dans les statistiques de la chaussure. En revanche, les modèles en PVC et en PU relèvent de fabricants spécialisés dans l’injection, comme le Français Netco Safety, qui a repris il y a quelques années la société Auda. Les fabricants de bottes en caoutchouc sont tout autant spécialisés, comme Le Chameau ou Etché, sachant que le caoutchouc reste marginal dans les EPI, pour des raisons de coûts notamment. Réputée pour son confort et sa résistance aux attaques chimiques, la botte en caoutchouc est réservée à des applications de niche comme le désamiantage dès qu’un certain seuil est dépassé ou encore dans les milieux forestiers dès qu’il s’agit de se préserver des risques liés au tronçonnage.

Le PVC garde la main

Représentant environ 75 à 90% des volumes du marché professionnel (hors cuir), le PVC se décline selon une grande amplitude de qualités. C’est ce matériau que l’on retrouve dans les bottes premiers prix mais il existe également des PVC à plus forte valeur ajoutée, issus de plastiques non recyclés. La différence se retrouve notamment au niveau de la souplesse de la botte, de sa flexibilité, une différence facilement observable dans le point de vente. Une botte en PVC d’entrée de gamme est extrêmement rigide à cause notamment des durcisseurs qui entrent dans sa composition, ce qui nuit au confort d’utilisation.

Équipée d’une semelle extérieure en PVC/nitrile, qui peut être dotée de reliefs pour assurer l’adhérence, favoriser l’évacuation de l’eau ou de la boue, la botte en PVC peut également disposer de systèmes de ventilation pour éviter les transpirations excessives. Les produits haut de gamme en PVC permettent ainsi de proposer un produit de qualité aux professionnels, à un positionnement prix qui reste plus accessible que celui du PU.

Montée du PU

Le PU est incontestablement la valeur montante de la botte. Il représenterait déjà 20% des ventes dans l’agroalimentaire et devrait prochainement se stabiliser autour de 15% des volumes dans le secteur du bâtiment et de l’industrie. En dépit d’un prix de vente deux à trois fois plus élevé qu’une botte en PVC même haut de gamme, il reste mieux placé que le caoutchouc, avec des atouts qui s’en rapprochent notamment en termes de confort et de durabilité. Par rapport aux matériaux concurrents, le PU remporte la palme de la légèreté (jusqu’à 40% plus léger qu’une botte en PVC ou en caoutchouc), ce qui le rend particulièrement apprécié de ceux qui portent des bottes toute la journée. Il est également résistant aux attaques chimiques et naturellement thermo-isolant, protégeant donc contre le froid et évitant les transpirations excessives. Il présente également des qualités de résistance, ce qui lui permet de durer allègrement une année quand d’autres matériaux, comme le cuir d’entrée de gamme, exigent un remplacement régulier.

Comme pour le PVC, la botte en PU dispose de protections renforcées au niveau de la malléole, d’un profil réhaussé au niveau bout du pied pour éviter les chocs frontaux et peut être fourrée pour mieux résister au froid. La partie supérieure de certains modèles est également constituée de néoprène, ce qui renforce l’isolation du chaussant en empêchant la chaleur de se dissiper. Ce matériau multicouches permet aussi d’assurer la respirabilité du pied et de la jambe, laissant le pied au chaud et au sec en toute circonstance, en tenant compte d’une plage de températures d’utilisation allant de -35°C à +10°C. Cette matière améliore également le confort de la botte, offrant une étanchéité parfaite et une sorte d’effet gainant, apportant de la souplesse au niveau de la marche et évitant par exemple de blesser le porteur par le rebord frottant sur le haut du mollet.

Par ailleurs, les coques de protection sont intégrées dans l’injection mais restent essentiellement en métal, les utilisateurs n’étant pas toujours prêts à accepter le surcoût du composite d’autant que pour les fabricants il est nécessaire de changer les moules. En revanche, les embouts composites ont fait leur apparition dans le cuir comme dans la chaussure.

Les matières PVC et PU favorisent également une grande variété de coloris, ce qui permet de fabriquer des bottes entièrement personnalisées, même si les tendances évoluent peu. Le vert est sans doute un peu plus foncé qu’auparavant, le marine avec une semelle blanche reste l’apanage des gammes accastillage, le blanc celui de l’agroalimentaire même s’il est aussi associé avec des semelles bleu marine, le marron, celui du bâtiment. D’ailleurs, pour mieux rappeler la fameuse botte en cuir, tellement prisée dans le bâtiment, certains fabricants de bottes en PU ont lancé un modèle demi-botte, de couleur marron. Les codes métier restent souverains. 
Agnès Richard



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