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Les cloueursBati N° 24 - Janv. 14
Savoir proposer le bon outil

Utilisé dans de très nombreuses situations, le clouage est un mode de fixation qui demande par nature un outil de mise en œuvre. Au-delà du traditionnel marteau, les professionnels utilisent de longue date des cloueurs, machines qui permettent de projeter efficacement des pointes dans les supports bois – nous aborderons le cas des cloueurs béton dans un encadré spécifique. Plusieurs catégories d’appareils sont proposées selon leur application et le type d’énergie utilisé (pneumatique, gaz, électrique), appareils dont l’emploi s’est aujourd’hui largement démocratisé. Leur marché reste d’ailleurs relativement bien orienté dans l’environnement économique déprimé que nous connaissons dans le domaine du bâtiment.
Pour choisir son cloueur bois, le professionnel doit tout d’abord partir de l’application et donc des clous utilisés. Cela paraît être une lapalissade mais faute de faire ce travail préliminaire, le risque d’acquérir un équipement qui ne correspond pas à son besoin est bien réel.

Premier critère, le clou

L’utilisateur doit déterminer en priorité le type et la dimension des clous qui seront utilisés, le diamètre et la longueur étant deux données qui sont naturellement liées. Ainsi, pour des travaux de finition telle la fixation de baguettes, moulures, plinthes, la préférence sera donnée à des clous tête homme de diamètres réduits, allant de 0,7 mm à 1,8 mm, pointes communément appelées minibrads (0,7 mm et longueurs communes de 15 à 25 mm) et brads (1 à 1,8 mm et longueurs de 15 à 50 mm). Au-delà de ce diamètre, le clou est utilisé pour des opérations d’assemblage (panneaux, OSB en sous toiture, frises d’avant toit…) avec des clous dont le diamètre peut atteindre 5 mm pour les applications les plus lourdes comme la fixation des structures de chevrons sur pannes. Il y a pour tous ces travaux une grande variété de diamètres (2,03 ; 2,1 ; 2,2 ; 2,3 ; 2,8, … ; 5 mm) et de longueurs (30 à 160 mm), et donc des machines différentes pour couvrir ces différentes longueurs. Précisons ici que le gros du marché se fait sur les longueurs 70 et 90 mm dans la construction bois avec une référence phare qui est le clou cranté de diamètre 2,8 mm et longueur 70 mm pour la fixation de liteaux sur toiture.

La finition du corps du clou, qui est fortement dictée par l’application, n’a pour sa part aucune influence sur le critère de choix du cloueur qui pourra dans tous les cas accepter des clous lisses (résistance à l’arrachement standard), des clous crantés (valeurs de résistance à l’arrachement supérieures pour les travaux nécessitant une tenue plus importante) comme des clous torsadés (valeurs de résistance à l’arrachement intermédiaires).

De même, dans le cadre de fixations entrant dans la construction d’un assemblage structurel, la classe de service de la pointe définie par Eurocode 5 selon le milieu d’utilisation (intérieur, clou sans protection ; extérieur protégé, revêtu
Fe/Zn 12c ; extérieur non protégé, revêtu Fe/Zn 25c) est sans influence sur le choix du cloueur.

Chargeur rouleau ou droit

Après avoir déterminé le type de clous à utiliser, et en fonction de la catégorie de travaux visée, il s’agit alors de choisir la machine en fonction de ses impératifs de travail. Il faut ainsi lorsque le choix se présente, déterminer le type de chargeur, en rouleau ou en bande (droit), sachant que le premier se distingue par une capacité de chargement plus élevée. Un rouleau pourra ainsi stocker jusqu’à 350 à 400 clous selon la taille, tandis qu’une bande sera limitée à 50 ou 100 clous (ordre de grandeur). Si le professionnel opte pour un cloueur à chargeur droit, il pourra choisir entre des modèles avec magasin droit ou angulaire, le second offrant une meilleure accessibilité dans les angles. Le chargeur droit est plus souvent rencontré sur des appareils de finition, l’angle plat garantissant une meilleure perpendicularité lors du positionnement de la fixation.

Deux possibilités parmi les plus angles de magasins du marché : 21° ou 34°, choix techniques qui permettent de gagner en compacité ou en équilibre de la machine. Ce choix impacte directement la forme commerciale du consommable :
Un appareil disposant d’un magasin angulaire 34° nécessitera obligatoirement des clous collectés avec ce même angle de 34°. Ces angles sont aujourd’hui standards d’un fabricant à l’autre.

Outre le chargeur, il faut également se préoccuper de la liaison entre clous dans les consommables, toutes les machines n’acceptant pas indifféremment les liaisons en fil métal, plastique ou papier, et ces mêmes méthode de liaison n’étant pas non plus toutes adaptées à toutes les applications.

Le choix de la source d’énergie

Reste enfin à faire le choix de l’énergie qui propulsera le projectile. Critère décisif : travail en autonomie totale ou non ?

La plus simple et le plus abordable en termes de tarif est l’énergie pneumatique. Elle a l’avantage de bénéficier d’une technique éprouvée, peu coûteuse et relativement bon marché à l’entretien, mais demande par contre à l’opérateur d’être équipé d’un compresseur auquel le cloueur sera relié. Il faut donc de l’électricité disponible sur le chantier, ce qui n’est pas toujours le cas, en plus du tuyau flexible qui relie le cloueur au compresseur. Ceci n’est pas approprié par exemple dans des travaux de contreventement dans les toitures où le charpentier fait de nombreux mouvements dans un espace parsemé d’obstacles.
Une solution autonome trouve là son intérêt de toute évidence. S’il existe quelques rares possibilités en pneumatique avec une cartouche transportable, avec les inconvénients inhérents au transport de cette cartouche, la tendance en la matière est d’opter pour un modèle à gaz.

Le cloueur intègre une cartouche de gaz qui va donner par combustion l’énergie nécessaire à l’éjection de la pointe, le déclenchement du tir étant amené par une étincelle produite soit par un mécanisme piézo-électrique soit par une batterie. A noter que la batterie est dans tous les cas nécessaire pour assurer le brassage du mélange puis la ventilation de la chambre de combustion. L’autre solution autonome que l’on voit apparaître depuis quelque temps est le tout électrique avec à ce jour deux technologies. La première proposée par exemple par Stanley Bostitch fonctionne avec une batterie qui agit sur un mécanisme d’amplification et permet d’utiliser des clous faisant jusqu’à 90 mm de long. Le seconde, avec les trois modèles Fusion de Senco, utilise la batterie pour comprimer un gaz inerte contenu dans une chambre et circulant en circuit fermé. Ce deuxième procédé est positionné sur un autre segment de marché, la finition, avec des clous faisant selon les modèles de 1,2 à 1,8 mm de diamètre.

Toutefois, l’autonomie a un prix, le coût d’achat des cloueurs autonomes étant notablement supérieur à celui des appareils pneumatiques ; on peut citer un surcoût de 20 à 25% entre le gaz et le pneumatique et à peu près autant entre l’électrique et le gaz. Par ailleurs, les consommables viennent renchérir les prix de revient et notamment la cartouche de gaz dont prix moyen peut être estimé autour des 16 à 17 € pour mille tirs – la batterie est pour sa part rechargeable. Par ailleurs, le gaz, du fait du phénomène de combustion inhérent à son fonctionnement, entraîne également une obligation d’entretien régulier de la machine sous peine d’être confronté à des pannes. A noter, que les appareils électriques ne subissent pas cette contrainte de maintenance, ce qui leur donne un avantage concurrentiel certain.