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Les disques diamantBati N° 18 - Juin 12
Des ventes en phase avec l'activité bâtiment

Après un léger redressement de son chiffre d’affaires en 2010 et 2011, le marché des disques diamant n’échappe pas à la morosité ambiante depuis le début de l’année. Dans cet univers de plus en plus concurrentiel, les fabricants tentent de se différencier en apportant des améliorations à leurs produits, dans le but notamment de gagner en vitesse de coupe, longévité de l’outil et confort d’utilisation. Néanmoins, en cette période de haute sensibilité aux prix, ces évolutions restent cantonnées dans le haut de gamme.

Avec environ 1,7 million d’unités vendues en 2011, le disque diamant représente des volumes toujours conséquents, même si ce marché est jugé mature. Si la faiblesse des mises en chantier dans le neuf ne favorise pas la croissance des volumes, le disque diamant est toujours utilisé largement dans les domaines de la construction, de la décoration et des travaux publics pour la découpe de bétons, granit, asphalte, carrelage, pierres naturelles…

La partie de ce secteur qui nous intéresse plus particulièrement est celle des disques commercialisés à travers la distribution aux professionnels (loueurs et négoces en matériaux) et adaptés à une utilisation sur meuleuses électroportatives (de 115 à 230 mm), scies à carrelage (125 à 300 mm), scies de table (230 à 600 mm), découpeuses thermiques (300 à 400 mm) et scies de sol (300 à 600 mm).

Si les négoces en matériaux ont toujours plus ou moins commercialisés des disques diamant pour machines électroportatives, leur intérêt pour les plus grands diamètres allant jusqu’à 450 mm se manifeste surtout depuis une dizaine d’années. D’ailleurs, si les disques de petits diamètres figurent dans les libre-services, ce n’est pas encore le cas pour les grands diamètres, dont la valeur unitaire est, il est vrai plus élevée. Le négociant en stocke quelques uns pour le dépannage mais réalise l’essentiel de ses ventes à la commande, le fournisseur livrant bien entendu le point de vente dans les meilleurs délais.

Orientés davantage sur les grands diamètres, les loueurs semblent de leur côté avoir perdu des parts de marché ces dernières années, sans doute sous l’effet de la concurrence des marchands de matériaux. Par ailleurs, étant donné la baisse des prix moyens, le coût de l’usure du disque, retenu en location, est devenu pour l’entreprise moins intéressant que celui de l’achat. Cela dit, les réseaux de location semblent avoir redressé la tête en 2011, repassant des commandes sur les disques (en vente ou location), un phénomène associé notamment à la reprise des locations de découpeuses thermiques.

30% des ventes en promo

La maturité de ce marché et la structuration de l’approche des négoces en matériaux ne doit en effet pas faire oublier la chute des prix enregistrée depuis quelques années. Certains fabricants annoncent des prix divisés par trois en vingt ans et observent des baisses de l’ordre de 15% depuis cinq ans, reléguant aux oubliettes la notion d’augmentation tarifaire alors même que ce marché a subi la hausse du coût des matières premières !

En fait, le marché du disque diamant réagit de plus en plus aux effets promotionnels. Les principaux acteurs sont unanimes sur ce point : les promotions sur le fonds de rayon représentent aujourd’hui environ 30% de leurs ventes. Certes, le législateur en France est passé par là, mettant un frein aux promotions faisant intervenir des cadeaux substantiels. Toutefois, les opérations de phoning sont de plus en plus appréciées sur ce marché, avec des offres impliquant généralement du produit gratuit pour un certain nombre de disques achetés. Cela dit, des fournisseurs remarquent que les opérations portant sur des lots de gros volumes rencontrent à l’heure actuelle peu de succès, ce qui tend à confirmer que même les gros donneurs d’ordre hésitent à investir, vu leur faible visibilité sur leurs chantiers à venir. Les packs sont également de plus en plus présents : autrement dit, un fabricant de machine fait un partenariat avec un fabricant de disques diamant pour une opération conjointe dans une durée limitée.

Le diamant attire

Pour les acteurs en place, la croissance sur ce marché mature passe donc essentiellement par de la prise de parts de marché sur les concurrents. L’exercice se révèle cependant des plus en plus périlleux. Effectivement, le nombre d’intervenants distribuant leur offre chez les négoces en matériaux s’est accru au fil du temps. Les spécialistes historiques de la catégorie, comme les fabricants Saint-Gobain, Tyrolit, Husqvarna, ou encore les acteurs plus généralistes, qu'ils soient fabricants ou non (Bosch, Sidamo...), ont dû faire face à la montée en puissance de fournisseurs positionnés auparavant sur d’autres marchés, comme Diam Industries sur la location ou Diager sur le foret. Forte de son expérience sur le perçage diamant, cette dernière société s’est en effet aujourd’hui positionnée sur la fabrication de disques diamantés de 300 à 1200 mm, plutôt en sur-mesure pour éviter le cœur de marché bataillé et avec le concours de la distribution, ce qui semble traduire la maturité grandissante du négoce sur cet univers. Les spécialistes du diamant doivent également compter avec des fournisseurs, positionnés sur d’autres marchés, comme la fixation ou le perçage, qui ont étendu leurs gammes à des outils diamantés, achetés souvent à l’extérieur de leur entreprise.

En outre, un autre type de concurrence s’est mis en place, en témoigne l’émergence de petits acteurs régionaux, commercialisant des produits d’importation asiatiques à des prix défiant toute concurrence, souvent en direct auprès des entreprises. Ces acteurs n’ont pas forcément une très grande pérennité dans le temps mais réussissent tout de même à déstabiliser leur zone géographique en termes de prix.

Un chiffre d’affaires fluctuant

Si les prix moyens ne sont pas à la fête, le chiffre d’affaires du disque diamant a toutefois repris quelques couleurs en 2011. Selon différentes sources fabricants, le marché de l’outil diamanté (disques, forets, câbles) est estimé à environ 75 millions d’euros, soit une hausse de 4% par rapport à 2010. Ce regain intervient après une année 2010/2009 déjà en croissance (+3%), sachant que l’année 2009 avait été particulièrement désastreuse (-21%).

Surtout, le disque diamant qui représente 85% de cet ensemble affiche, lui, une croissance légèrement supérieure (+5%) à l’ensemble des outils diamantés. La reprise de 2011 est surtout due au redressement des volumes des disques pour découpeuses thermiques, scies à sol et murales (soit 40% du chiffre d’affaires des disques). En revanche, les disques de diamètres de 115 à 230 mm pour machine électroportative, qui détiennent la majorité des ventes (60%) accuseraient eux une chute de l’ordre de 10%. Ces derniers subissent particulièrement la loi des promotions.

Compte tenu de l’ambiance économique et des perspectives annoncées par le secteur de la construction neuve, l’embellie de l’an dernier ne s’est pas prolongée en 2012. Selon nos informations, les ventes globales d’outils diamantés sont en recul de 7% depuis le début de l’année.

Frein à l’escalade

Dans cette conjoncture difficile et ce climat très concurrentiel, la différenciation pour les acteurs en place passe évidemment par l’innovation. Même si, de l’avis de beaucoup, nombre d’évolutions apparues ces dernières années relèvent plus de la cosmétique que de réelles avancées technologiques.

D’ailleurs, certaines tendances qui confinaient plus à une course à l’escalade motivée par la compétition que par l’intérêt de l’utilisateur ont été freinées par la modification de la norme EN 13236 en novembre 2011 (cf. encadré). La quête de hauteur absolue vécue par les segments des disques diamantés au nom de l’accroissement de la durée de vie de l’outil, a ainsi pris fin. Certains disques béton ont il est vrai affiché des hauteurs de segments allant jusqu’à 20 mm. Or, plus la hauteur du segment est importante, plus des efforts sont susceptibles de se produire et par conséquent d’entraîner des ruptures. La norme réglemente donc désormais la hauteur maximale du segment par rapport à la longueur de son talon. Aujourd’hui, les segments des disques pour le béton présentent ainsi des hauteurs comprises au maximum entre 12 et 15 mm et aux alentours de 10 mm pour les applications céramiques (7 mm en standard).

Un autre point a retenu particulièrement l’attention du législateur, celui des tôles perforées. Pour éviter l’échauffement excessif du disque, le corps de l’outil dispose effectivement parfois des trous. Néanmoins, surtout sur les disques d’importation, ces découpes se sont répandues comme par contagion au risque de fragiliser l’outil. En effet, plus on diminue la structure, moins elle est stable. Aujourd’hui, la norme prévoit donc que ces perforations ne doivent pas dépasser 20% de la surface du disque. Et, pour éviter que le disque se fissure, elles ne doivent pas être positionnées à proximité du centre acier, zone parmi les plus sollicitées sur le plan mécanique.

La norme prend en compte également l’épaisseur de ce centre acier. Ce phénomène joue notamment au niveau de l’épaisseur des disques dédiés à la céramique, de plus en plus fins pour générer une plus grande vitesse de coupe du fait d’une friction moins forte entre le matériau à découper et le disque. Le leader du marché, Saint-Gobain recommande ainsi une épaisseur minimale de 1,4 mm et ce d’autant plus que les carreaux de carrelage devenant de plus en plus durs et longs, le centre acier présente plus de risques de fatigue et d’échauffement. Les disques pour les applications céramiques ne descendent ainsi guère au dessous de 1,2 mm sachant qu’il en existe autour de 1 mm, l’épaisseur d’un disque standard étant de 1,7 mm environ.