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Les gants de protection pour l'industrieBBI N° 105 - Fev 13
Des solutions de plus en plus fines

A l’instar de l’ensemble du secteur de la prévention des risques, le marché des gants de protection surfe sur la vague porteuse d’une préoccupation grandissante pour tout ce qui est de nature à réduire la pénibilité du travail et à conserver l’individu en bonne santé. Venant compenser le fléchissement de la production industrielle des pays d’Europe occidentale, ce phénomène permet au marché des gants de protection de conserver une certaine stabilité eu égard au volume des ventes et de monter nettement en gamme avec des solutions qui répondent toujours mieux aux besoins des utilisateurs à la recherche du gant idéal, sorte de seconde peau conjuguant protection, confort et dextérité.

Utilisés dès la plus haute antiquité, les gants furent introduits en Occident vers le 6ème siècle par les Barbares et leur port se répandit largement dès le Haut Moyen-Age. Symbolique et rituel, le gant avait déjà à cette époque un rôle de protection, notamment dans les domaines de la fauconnerie et de la vénerie. Au cours des siècles suivants, le gant fut essentiellement un accessoire d’élégance avant que sa fonction de protection de l’homme au travail se renforce dans la seconde moitié du siècle dernier. Aujourd’hui, rares sont les professionnels des secteurs du bâtiment, de l’industrie et des services qui n’ont pas recours à cet EPI qui peut également être utilisé dans le but de mettre un produit à l’abri du contact humain. En fonction de la technique de fabrication mise en œuvre et des matières entrant dans sa composition, le gant protège de risques divers. Les risques mécaniques, thermiques et chimiques sont ceux contre lesquels les professionnels cherchent à se prémunir le plus souvent, mais ces derniers peuvent avoir à se protéger d’autres dangers susceptibles de nuire à leur santé, comme les rayonnements ou les vibrations. Tout gant ayant une prétention quelconque à la protection, de quelque nature qu’elle soit, doit être certifié selon les normes européennes en vigueur (un encadré de ce dossier fait un point sur les normes concernant les gants protégeant des risques les plus courants et leur évolution). Selon des chiffres de l’Assurance Maladie transmis par un fournisseur du marché, les accidents de la main représentent 21% des accidents du travail et constituent la première cause des arrêts de travail ou des incapacités permanentes. Protéger efficacement les mains dans le cadre professionnel est donc un véritable enjeu de santé publique.

Ce dossier qui traite plus particulièrement des gants destinés au secteur de l’industrie a pour objectif essentiel, outre l’évocation du marché et de ses acteurs principaux, d’éclairer le lecteur sur les différents types de produits existants et leurs caractéristiques majeures.

Recul sensible du cuir

Souples et respirables, les gants en cuir peuvent avoir fait l’objet, lors du tannage de la peau des animaux (bovins, porcs et moutons pour les gants les plus robustes, veaux, agneaux et chèvres pour les plus délicats) de traitement qui s’ajoutent aux qualités du cuir et permettent de rendre les gants hydrofuges, oléofuges (par adjonction de résines fluorées), résistants à la chaleur (par incorporation d’huiles minérales) ainsi qu’aux basses températures. Pour augmenter leur confort et leurs performances face aux risques mécaniques et thermiques, les gants en cuir peuvent également être doublés de fibres naturelles ou synthétiques. Ils sont fabriqués, de même que certains gants en textile, selon la technique du coupé/cousu. Les pièces en cuir sont découpées sur des presses à l’aide d’emporte-pièce puis assemblées par piquage. Il existe différents types de coupe dont certains ramènent les coutures du gant sur le dessus de la main pour permettre une plus grande dextérité.

S’ils possèdent d’indéniables qualités, les gants en cuir ont aussi des aspects moins positifs comme le recours au chrome (un produit allergène) lors d’un tannage minéral, un manque de constance dans la qualité (matière naturelle, le cuir a une qualité qui varie d’un lot de fabrication à l’autre) et, surtout, une dextérité qui laisse à désirer. Ainsi, même s’il conserve certains adeptes qui apprécient l’aspect naturel du cuir et s’il est emblématique de la protection du soudeur, le gant en cuir enregistre un recul sensible année après année sur le marché du gant de protection au profit du gant tricoté dont nous évoquons maintenant les nombreux avantages.

Les atouts du gant tricoté

Fabriqué de manière automatisée à partir de cônes de fil, le gant tricoté, avec ou sans coutures – on parle dans ce dernier cas de tricotage un fil – résulte du tricotage de fils et fibres naturels et/ou synthétiques. Outre les propriétés des matières entrant dans la composition des produits, la performance des gants tricotés en matière de protection des risques mécaniques et thermiques dépend de divers paramètres et notamment du type de maille utilisée (jersey, bouclette…) et de l’épaisseur du tricot. Cette dernière est liée à la jauge du gant, laquelle fait référence au nombre d’aiguilles utilisées par pouce. Plus le chiffre de la jauge est élevé, plus le gant sera fin, donc confortable et offrant une dextérité supérieure. Sur ce point, l’évolution a été importante au cours des dernières années puisque les fabricants citaient il y a trois ans le chiffre de 15 comme étant un maximum alors que vient d’être lancé sur le marché un gant de jauge 18 ; s’inscrivant dans la gamme Ansell, ce gant qui vous est présenté dans le dossier possède à notre connaissance la jauge la plus élevée du marché à ce jour, avec un niveau de résistance 3 à la coupure selon la norme EN 388. Proche de la main et confortable, particulièrement s’il est sans coutures et ne provoque ainsi aucun point de pression sur la main, le gant tricoté présente également les avantages d’être ambidextre (à condition de ne pas avoir reçu d’enduction) et lavable dans la majorité des cas. Encore plus intéressant eu égard à son efficacité en matière de protection, ce type de gant peut résulter d’un mélange de fils et/ou fibres, soit que le mode de tricotage superpose deux fils différents (technique du vanisage), soit que le fil tricoté possède une âme de fil ou de fibre entourée d’un ou plusieurs fils aux propriétés différentes (fil guipé). Dans les deux cas, les qualités des différentes matières s’additionnent au sein du même gant pour augmenter le spectre de ses performances. Enfin, et ce n’est pas le moindre de ses atouts, le gant tricoté sans coutures peut faire l’objet d’une enduction – un trempage dans un bain d’élastomère – qui peut être totale (mais dans ce cas, on parle plutôt de gant trempé) ou partielle (pour recouvrir alors généralement la paume et le bout des doigts) et contribue à accroître les performances du gant. Pour toutes ces raisons, le tricoté est aujourd’hui le type de gant le plus vendu, les modèles avec une enduction partielle représentant à eux seuls environ la moitié du marché en volume, de l’avis de la plupart des fournisseurs.

Les trempés, pour la protection chimique

Fabriqués par trempage d’une forme en céramique ou en métal dans un bain liquide d’élastomère ou de plastique, les gants trempés subissent une enduction totale qui les rend étanches. Ils sont ensuite vulcanisés ou gélifiés puis font l’objet de finitions diverses.

Il existe deux catégories de gants trempés, les supportés et les non supportés. La forme des gants supportés est revêtue d’un tricot (le support) avant d’être trempée, contrairement à celle des gants non supportés (parmi lesquels figurent les gants à usage unique) directement trempée dans les bains. Portés à même la peau, les gants trempés non supportés peuvent être poudrés, floqués ou chlorinés. Dans le cas du flocage, des fibres de coton appliquées à l’intérieur du gant facilitent l’habillage et le déshabillage du gant et limitent la transpiration. Consistant à laver le gant dans une eau chlorée, la chlorination permet quant à elle de réduire les risques d’irritation ou d’allergie existant notamment avec le latex. Pour évoquer la protection chimique qu’assurent les gants trempés, il est important de savoir que leur étanchéité est toutefois limitée dans le temps et que la protection contre les solvants que le gant trempé garantit varie en fonction de la matière d’enduction et du solvant avec lequel le gant sera en contact.

Fibres naturelles et synthétiques

Après l’évocation des trois grandes catégories de gants de protection, les gants en cuir, les gants tricotés (avec ou sans enduction) et les gants trempés, nous reviendrons dans ce chapitre sur les différents fils et fibres utilisés seuls ou en association dans la fabrication des gants tricotés.

Du côté des matières naturelles, le coton, agréable à porter et non irritant pour la peau offre en outre une assez bonne résistance mécanique, absorbe la transpiration et s’entretient facilement. Il est aujourd’hui encore assez couramment utilisé dans la fabrication des gants de protection contrairement à d’autres matières naturelles comme la laine et la soie, d’une utilisation marginale.

Mises au point par des industriels d’envergure mondiale (dont les Américains DuPont et Honeywell et le Néerlandais DSM), les fibres synthétiques dont la première génération apparaissait il y a près de 80 ans ont largement pris le pas sur les matières naturelles. Sans faire l’énoncé exhaustif de ces fibres synthétiques, on évoquera les plus utilisées dans la fabrication des gants de protection. Apparu dès la fin des années 1930, le nylon est une fibre polyamide légère, peu pelucheuse, élastique, résistante à l’abrasion et à la déformation, qui sèche rapidement après lavage. Mélangée au coton et à l’acrylique, elle assouplit le gant et prolonge sa durée de vie. Mis au point au milieu du 20ème siècle, le polyester, aux caractéristiques proches des polyamides, présente notamment la faculté de pouvoir se mélanger intimement à la laine et au coton, ce qui pallie son incapacité à absorber la transpiration. Fabriqué à partir d’un polymère contenant au moins 85% d’acrylonitrile, l’acrylique est une fibre légère, douce et chaude isolant parfaitement du froid et qui présente en outre une grande résistance à la traction et à l’abrasion. Du côté élasticité, une caractéristique qui concourt à rendre le gant très proche de la main et à en accroître son confort, il faut citer le Lycra®, une fibre élasthanne capable de s’étirer jusqu’à sept fois sa longueur (pour récupérer immédiatement sa taille initiale dès que la tension cesse) et qui se mêle aussi bien aux fibres naturelles que synthétiques.

L’avènement des fibres techniques

Les chimistes ont mis au point plus récemment des fibres dites techniques présentant des niveaux de résistance jusqu’alors inédits aux différentes agressions que peuvent rencontrer les mains. Ces fibres techniques relèvent de trois catégories majeures. Les para-aramides, une catégorie qui comprend notamment le Kevlar® et le Twaron®, sont des fibres souples, légères, confortables et lavables d’une bonne résistance aux risques mécaniques, nettement supérieure à celle du cuir, et qui assurent également une bonne protection thermique. Sur ce dernier point, les fibres méta-aramides, comme le Kermel®, sont toutefois nettement supérieures. Les fibres polyéthylènes qui comptent notamment le Dyneema® et le Spectra® cumulent quant à elle plusieurs atouts : une bonne résistance à la coupure et à l’abrasion, une insensibilité aux produits chimiques et aux solvants, une grande résistance à la flexion et une forte longévité.

Par ailleurs, la gamme des fibres synthétiques existante s’est élargie de nouveaux produits qui sont aujourd’hui d’une utilisation courante dans les gants de protection comme le Thunderon®, une fibre acrylique anti-statique qui évite la détérioration des composants ou produits manipulés ou encore le Thinsulate®, une fibre polyester hydrophobe au pouvoir chauffant et d’isolation thermique très élevé.