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Les outils du terrassierBati N° 25 - Mars 14
Les TMS au secours du marché

Difficile de réinventer la pelle, la pioche, le râteau, la brouette ou encore le seau. Pourtant, ces outils de base du terrassier, utilisés quotidiennement, font aujourd’hui partie du panel de solutions pour réduire la pénibilité sur un chantier. Les principales évolutions tournent effectivement autour du confort d’utilisation et de l’intérêt porté à la santé et à la diminution des troubles musculo-squelettiques. Si, conformément à la loi, les entreprises de plus de 50 salariés sont de plus en plus vigilantes à acquérir ce type d’outils, les artisans y sont également de plus en plus sensibles. Un regain en perspective pour ce marché mature ?

Le marché des outils de terrassement n’a évidemment pas échappé aux difficultés qui touchent le secteur du bâtiment et du BTP, liées notamment au faible dynamisme des grands travaux.

Néanmoins, les ventes des pelles, pioches et autres râteaux, principaux outils de sol utilisés par les terrassiers dans la construction individuelle ou collective, la voirie urbaine et les routes, semblent s’être stabilisées depuis 2010 après avoir sans doute perdu plus de 20% en volume depuis le début de la crise économique.

Ce marché mature, dont les contours dans l’univers professionnel sont difficiles à apprécier, a également subi la concurrence des outils mécanisés. Mais le phénomène n’est pas nouveau : plus personne aujourd’hui ne songe à creuser une tranchée avec une pioche ou à évacuer des quantités importantes de pierres à la pelle.

Il n’en demeure pas moins que ces outils manuels conservent tout leur intérêt pour les professionnels, notamment dans la phase de finition. La pelle figure ainsi toujours en première ligne sur un appel d’offre BTP.

Des références à la pelle

La pelle constitue d’ailleurs le premier pôle, en volume, des outils de terrassement, devant la pioche et le râteau, les deux autres principaux segments. Un fabricant indique ainsi vendre cinq pelles pour une pioche.

Cet instrument se compose d’une tête le plus souvent en tôle emboutie, fixée à un manche droit grâce à une douille. Mais il peut adopter de multiples facettes puisqu’il se décline parfois dans les gammes en quelque 200 références ! Le marché de la pelle porte encore tout le poids des traditions régionales, justifié par des habitudes de travail locales et parfois par la différence de la nature des sols. Ceci a donné lieu à des multitudes de modèles traduisant clairement leur lieu d'origine : Angoulême, Bordeaux, Angers, Bresse, Alsace, Savoie, etc. En Savoie, par exemple, où la terre est rocheuse, la tête de la pelle n’est pas en tôle mais forgée de façon à pouvoir résister au contact rude du sol. La pelle bordelaise doit ses rebords à la terre sableuse de cette région. Les pelles à sable sont légion dès que l’on se rapproche de la Belgique. La pelle Alsace, qui domine encore les ventes dans cette région et que l’on retrouve également en Allemagne, propose une prise en main différente. Elle ne dispose pas de col de cygne comme la plupart des modèles du marché et sa douille fait un angle d’environ 30° par rapport à la partie plate de l’outil, induisant donc un manche non pas droit mais incliné, etc.

Néanmoins, la diversité de cette offre tend à disparaître. Elle est évidemment peu en phase avec les volontés de rationalisation de la distribution qui incite les fournisseurs à réduire leurs gammes. Aujourd’hui, les pelles dites régionales ne représentent pas plus de 5% du marché.

Ronde ou carrée

Dans le secteur du bâtiment, l’essentiel des ventes de pelles est aujourd’hui constitué par deux grandes catégories, la pelle ronde et la pelle carrée, d’ailleurs issues elles aussi d’un ancrage régional. Également nommé pelle de maçon, le modèle rond domine largement les ventes au point d’être considéré parfois comme la pelle universelle. En fait, autrefois appelée pelle fortification ou modèle français, il s’est peu à peu généralisé sur l’ensemble du territoire hexagonal, mais pas forcément dans toute l’Europe. Comme son nom l’indique, sa tête est ronde, mais l’extrémité est légèrement pointue afin de faciliter la pénétration de l’outil dans le sol. Les pelles rondes permettent donc de creuser et de manipuler du gravier et du sable.

Originaire de Saint-Étienne dans la Loire, la pelle carrée représente un volume quatre fois moins important que la pelle ronde. Elle est requise dans les sols meubles pour la réalisation de tranchées pour lesquels ses bords droits sont appréciés.

Largeur d’épaule


Ronde ou carrée, la pelle se caractérise également par les dimensions de sa tête qui tendent à diminuer au fil des ans. La largeur d’épaule de la pelle détermine en effet sa contenance. Et l’objectif aujourd’hui vise à diminuer la pénibilité dans le secteur du bâtiment, donc à la réduction du poids des charges. Les artisans préfèrent effectuer plus de trajets mais moins fatigants. De la même façon que les sacs de ciment ont abandonné leurs 50 kg pour privilégier les 25 kg, les pelles rondes sont passées de leurs dimensions historiques de 31 cm, à 29 cm puis aujourd’hui à 27 cm qui devient la largeur d’épaule préférée, juste devant la 25 cm. En revanche, la 33 et la 35 cm qui existaient auparavant ont quasiment disparu des catalogues.

De son côté, la pelle carrée se concentre depuis de nombreuses années sur la dimension 25 cm qui permet à de travailler dans les tranchées creusées par les mini-pelles. La 23 cm commence également à percer dans les ventes.

Paire de manches

S’il a grandi au fil du temps, passant de 1,10 à 1,30 mètre, le manche de la pelle reste généralement en bois de frêne ou de hêtre, certifiés si possible PEFC ou FSC pour répondre aux exigences des distributeurs soucieux de satisfaire aux conditions d’une forêt gérée durablement.

Les manches en fibre, réputés pour leurs caractéristiques de résistance, sont en effet peu développés sur la pelle qui contrairement aux outils de frappe a moins d’intérêt pour un manche incassable. D’autant que celui-ci est plus lourd, jugé aussi par certains comme moins agréable au toucher et ne favorisant pas l’élimination de la transpiration. Les fabricants ont donc travaillé pour gagner en légèreté. Cela s’est traduit par l’arrivée de manches tubulaires avec des fibres de verre directement injectées dans le polyamide, plus légers donc que les manches avec noyau en fibre de verre et plus résistants qu’un manche en bois.

Certains manches adoptent également des poignées bi-matière, pas toujours très appréciées car gênant parfois le mouvement de la main, coulissant le long du manche.

Confort et santé

Les fabricants travaillent également sur la fonctionnalité du produit. Certains, comme Leborgne avec son modèle Batipro, proposent par exemple des pelles rondes à bords latéraux droits qui permettent de racler ainsi que des repose-pieds placés au sommet de la tête pour stabiliser l’appui du pied lors de la pénétration de l’outil dans le sol tout en évitant le perçage de la chaussure de sécurité.

Plus récemment, en 2013, Outils Perrin a déposé un brevet portant sur un revêtement fluocarboré dont sont équipés les cinq outils de sa gamme Biorobe (qui inclut la pelle, le râteau, le grattoir à bitume...) destinée aux professionnels de l’enrobé. Ce revêtement donne à l’outil des propriétés améliorées d’anti-adhérence et une résistance accrue à l’abrasion. Il évite au goudron d’attacher sur l’outil, et par conséquent dispense l’utilisateur d’utiliser un produit chimique et un chiffon pour le nettoyer, voire de tremper l’outil dans du gazole puis d’y mettre le feu pour éliminer toute trace. Le goudron se décolle par simple coup sur la pelle, d’où un gain de temps et une plus grande longévité de l’outil, tout en étant en phase avec les exigences environnementales indispensables aujourd’hui pour remporter des marchés publics et dans le respect de la santé du professionnel.

La pioche garde du poids

Deuxième segment de ce marché en volume, la pioche se caractérise par son fer. Ce dernier est muni, d’un côté, d’un pic pour creuser et de l’autre, d’une panne, l’élément plat et large qui permet à la fois de creuser lorsque le sol n’est pas trop dur, rassembler les cailloux mais aussi de tasser la terre.