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Les servantes garniesBBI N° 124 - Mars 15
A l’heure du libre choix

Proposant des compositions d’outils allant de la plus basique à la plus complète ou à la plus spécifique, la servante garnie est souvent la proie des promotions qui valorisent plus le contenu que le contenant lui-même. L’heure est à laisser le libre-choix de l’équipement aux utilisateurs, permettant de lever l’un des freins à l’achat d’une servante garnie : l’achat imposé d’outils inutilisés.

Outil à part entière, choisi pour ses fonctionnalités au même titre que son contenu ? Ou beau contenant, considéré avant tout comme un faire-valoir des équipements qu’il contient ? Le choix d’une servante d’atelier garnie, c’est-à-dire vendue équipée d’outils, ne répond pas toujours à la même logique que celui d’une servante nue.

En phase avec les méthodes liées au management de la qualité, le recours à une servante s’inscrit pour de nombreux ateliers de maintenance industrielle et automobile comme l’un des moyens pour mieux rationaliser l’espace de travail. Solution mobile de rangement permettant à l’opérateur de maintenance par exemple de se déplacer avec tout son équipement près de la source d’intervention, la servante est aujourd’hui perçue comme l’un des moyens pour organiser l’espace de travail de façon efficace, au profit d’une meilleure productivité et d’une sécurité renforcée. Ceci explique que ce marché mature se maintienne aux alentours de 100 000 exemplaires, avec même, selon les marques, une part belle faite aux produits haut de gamme qui ont repris toute leur vitalité face aux offres d’entrée de gamme après avoir été quelque peu boudés après la crise de 2009. Il faut avouer que pour un budget serré, l’achat des tournevis et autres clés primait ces dernières années sur la solution de rangement.

Un outil à part entière

Néanmoins, la servante garnie n’est pas toujours acquise pour satisfaire cet objectif. Elle n’est parfois qu’un alibi pour mieux vendre des outils. Fortement promue, vendue à prix coûtant, voire quasiment offerte, elle n’est alors pas vraiment considérée pour ses atouts proprement dits, se réduisant au rôle d’un bel écrin.

Ce n’est évidemment pas toujours le cas puisque plusieurs milliers d’euros sont parfois nécessaires à l’acquisition de ce type de rangement. D’ailleurs, si l’achat d’une servante équipée peut se révéler plus économique que l’achat de la servante et des mêmes outils à l’unité, certaines marques font le choix d’additionner simplement le prix de la servante et celui des modules, sans ristourne, montrant bien que l’équipement de rangement est un outil à part entière, valorisable en tant que tel. Cette démarche est notamment celle de Facom, leader européen des servantes d’atelier et l’un des deux fabricants français de cette catégorie de produits. Sa gamme est issue de l’usine de Feuquière-en-Vimeux, dans la Somme. Quant à Sam Outillage, l’autre fabricant national, ses servantes sont produites dans l’usine de Vendargues, dans l’Hérault.

Domination des servantes nues

Si, face aux servantes nues, les servantes garnies représentent 30 à 40% des ventes, elles aussi plutôt en légère croissance, leur poids réel est difficile à estimer. Cette évaluation prend uniquement en compte les servantes commercialisées avec des compositions généralistes ou spécialisées par métier et préconçues par le fournisseur – elles peuvent dépasser les 650 outils.

En revanche, elle ne prend pas en compte les outils achetés séparément de la servante par l’utilisateur. Or, l’achat d’une servante nue entraîne souvent l’acquisition d’outils. D’autres achètent leurs modules ultérieurement, préférant réfléchir à leurs besoins réels avant toute acquisition. Les marques proposent ainsi des palettes parfois larges de compositions pouvant prendre une centaine de formes différentes, en fonction de la profondeur de la gamme et de la variété des métiers couverts. De plus, plusieurs fournisseurs développent des configurateurs, permettant à l’utilisateur de choisir lui-même les outils entrant dans la composition.

150 à 200 outils

Une servante garnie standard dispose en général de cinq à six tiroirs, la présence du septième tiroir semblant toutefois de plus en plus marquée dans les ventes, sachant que le nombre de tiroirs peut s’élever jusqu’à dix. Tous les tiroirs ne sont pas équipés. Ainsi, souvent, deux à trois tiroirs restent libres, permettant à l’utilisateur d’y ranger ses propres équipements.

Pour répondre aux besoins en outillage des différents secteurs, les fabricants peuvent décliner un même modèle de servante en plusieurs largeurs avec des tiroirs pouvant contenir chacun un nombre variable de modules d’outils, de trois à six le plus souvent. Une servante équipée comprend généralement au minimum neuf modules, soit environ une centaine d’outils répartis sur trois tiroirs. Mais le cœur des ventes se situent plus volontiers autour de 150 à 200 outils, laissant largement à l’utilisateur l’opportunité de compléter l’assortiment à son gré. Néanmoins, tous les fournisseurs ne comptent pas de la même manière. Chez les uns, 50 douilles sont synonymes de 50 références, alors que chez les autres, elles valent pour un jeu de douilles, donc comme une seule référence.

Des compositions sur-mesure

Surtout, la tendance qui pousse de façon significative depuis deux ans, vise à la personnalisation des compositions. Depuis plusieurs années, nombre d’acteurs du marché proposent la possibilité de mettre la servante au diapason des couleurs d’un atelier, voire de l’utilisateur, ou d’y apposer des stickers de façon à véhiculer l’image de l’entreprise ou d’un secteur d’activité particulier. La servante FME de Sam a ainsi été la première à s’habiller entièrement de rose, y compris sur ses modules intérieurs, répondant au code couleur en vigueur dans le nucléaire. La personnalisation d’une servante en fonction d’un cahier des charges spécifiques peut d’ailleurs concerner tous ses attributs : nombre de tiroirs, hauteur des roues, type de plan de travail, etc.

Le développement des configurateurs destinés à faciliter la personnalisation du contenu des servantes offre la possibilité à l’utilisateur de disposer en quelques jours de la composition de son choix, grâce à des programmes d’usinage des mousses qui composent les modules. Certains distributeurs proposaient ce service en faisant appel à des sous-traitants, un processus parfois long puisqu’il était nécessaire de récupérer les dessins des outils. Dorénavant, certaines marques ont, au préalable, modélisé les formes des outils, les leurs et souvent les principales références du marché, y compris les équipements énergétisés. Cette démarche suppose souvent une proximité locale. Facom, par exemple, réalise ce programme à Feuquières. Annoncé comme opérationnel courant 2015, le service de configuration à la carte de Mob, est lui basé sur son site du Chambon Feugerolles, dans la Loire, à côté donc de sa R & D pour plus de réactivité.

Au-delà du service apporté, ces initiatives s’inscrivent dans la ligne droite des exigences de rationalisation des utilisateurs. Logiquement, l’opérateur opte pour la composition qui lui semble le mieux couvrir ses besoins. Mais, avec une composition généraliste de 150 outils, il est probable qu’il sera confronté à une trentaine d’outils qu’il n’utilisera jamais. A l’inverse, il ne trouvera pas toujours les références précises ou les outils de la dimension qu’il a l’habitude d’utiliser, répondant peut-être spécifiquement à son métier. La composition sur-mesure lui permet ainsi de commander uniquement ce dont il a besoin et d’optimiser, par la même occasion, son budget. Néanmoins, cela exige qu’il prenne le temps de bien identifier ses besoins en amont. Une composition sur-mesure s’accommode mal des demandes floues.

Développement des mousses

Cette démarche de personnalisation des compositions est indissociable du développement des modules en mousse, dont l’usinage est évidemment plus aisé qu’un moule en plastique thermoformé.

Si les plateaux thermoformés continuent à dominer les ventes, à hauteur environ de 60%, les modules en mousse poursuivent ainsi leur évolution inéluctable. En Allemagne, ils représentent déjà 80% des ventes. Différentes qualités de mousse existent avec pour les plus performantes, les mousses à forte densité, type EVA, qui permettent de résister à la fois aux outils coupants, aux huiles, aux produits corrosifs et sont lavables à l’eau.
Si un module en ABS, comme une mousse, autorise un rangement véritablement organisé, chaque outil ayant sa place propre dans un emplacement pré-défini, les atouts des mousses ont visiblement raison d’un prix d’achat plus élevé. Tout d’abord, l’inventaire de l’outillage peut s’effectuer en un coup d’œil lorsqu’elles affichent un caractère bicolore faisant immédiatement apparaître visuellement l’absence d’un outil. La présence des mousses bicolores est même devenue une obligation dans certaines industries comme l’aéronautique, où l’oubli d’un outil sur le lieu d’intervention peut se révéler dramatique. Par ailleurs, les outils se nichent parfaitement dans l’empreinte, ne bougent pas lors du déplacement de la servante, évitant ainsi les bruits métalliques peu agréables. Les modules thermoformés offrent parfois la possibilité de clipser l’outil, faculté pas toujours très appréciée, la préhension étant parfois jugée peu aisée. Avec un module mousse, le confort est supérieur. L’outil se saisit facilement, de surcroît sans faire mal aux doigts.

Plus large, plus haute

Les tiroirs des servantes garnies ne peuvent échapper à la tendance visant à stocker un nombre toujours plus important d’outils. Ils deviennent donc plus larges, plus profonds et s’ouvrent totalement grâce à des glissières télescopiques à roulements à billes, de manière à permettre une visibilité globale du contenu pour une meilleure identification. Parfois, ils sont même extractibles. Ils peuvent également être pourvus de systèmes de blocage, évitant leur ouverture intempestive ou permettant l’ouverture d’un seul tiroir simultanément pour éviter tout risque de basculement de la servante. Si les tiroirs deviennent plus larges, la servante gagne elle aussi, logiquement, des centimètres. Sa largeur atteint aujourd’hui volontiers 900 ou 1 200 mm, même si l’essentiel des volumes se situe aux alentours de 700/800 mm. Toutefois, le marché français reste encore peu sensible aux modèles de servantes de grandes dimensions prisés notamment aux États-Unis où une largeur de deux mètres est commune. Côté hauteur, le mètre tend à devenir de plus en plus un standard, en phase avec les normes en vigueur par exemple sur d’autres marchés, comme celui de la cuisine aménagée.

Charges lourdes

Plus la servante est imposante et lourdement chargée, plus la qualité du roulage devient essentielle (diamètre des roues plus ou moins important, qualité du bandage...) pour assurer mobilité et stabilité. Elle doit effectivement être en mesure de soutenir de 700 à 1 100 kilos en charge statique, voire 1 600 kilos pour quelques modèles. La plupart des servantes du marché disposent de deux roues fixes et de deux roues mobiles, pour une meilleure maniabilité, avec un ou deux freins. Pour gagner en maintien, les roues peuvent être positionnées légèrement sur l’extérieur du meuble, même si à l’inverse, certains modèles possèdent des roues incluses dans la forme de la servante pour éviter le risque de blessure au talon lors des manipulations. Dans cette optique de préserver l’utilisateur mais aussi son environnement (véhicules, opérateurs à proximité...), les protections en plastique ABS et autres bumpers en caoutchouc souple sont devenus courants au niveau des angles, sur le bas de caisse ou encore sur les angles des tiroirs. Ces revêtements soft se retrouvent également sur les poignées et sur le plateau. Par ailleurs, la solidité de la structure a également son mot à dire, en cas de forte charge. Elle est liée à la qualité du pliage de l’acier, au renforcement de certaines zones particulièrement sollicitées, ainsi qu’à l’assemblage des éléments de la structure.

Un poste autonome

Le plan de travail s’étend lui aussi en surface et ce d’autant plus que l’établi classique a tendance à disparaître de certains ateliers. Fabriqué dans différentes matières résistantes et faciles d’entretien, acier, inox, aluminium embouti, bois vernis ou recouvert d’une plaque d’acier, il peut accueillir un étau et supporter une pièce lourde qui doit être réparée. La servante peut ainsi répondre aux exigences des opérateurs qui ont besoin d’un plan de travail extrêmement stable, très résistant pour supporter des charges lourdes, mais avec la contrainte de devoir se déplacer. Certaines marques commercialisent d’ailleurs des établis qui peuvent, en un mouvement de poignée, transformer leurs pieds en roues. Dans le cas où la servante devient une alternative à l’établi, d’autres proposent l’option de remplacer les roues de la servante par des pieds. Par ailleurs, le plateau peut être équipé d’alvéoles, d’une surface striée ou de rebords antichute pour retenir les outils et éviter qu'ils ne tombent.

Les accessoires prennent eux aussi de plus en plus d’importance, faisant souvent l’objet des promotions en vigueur dans cet univers. Poubelle, porte essuie-tout, porte-flacon, porte-clé dynamométrique, porte-document, allongement du plan de travail pour pouvoir y poser un ordinateur, rangements latéraux sur crochet, grilles..., certains accessoires sont devenus des classiques. Aujourd’hui, la servante devient même un véritable poste de travail autonome, en disposant de différentes sources d’alimentations pour pouvoir brancher des outils électriques, sur batterie et même pneumatiques. Certains modèles peuvent même diffuser de la musique.

Vers la servante intelligente

Les évolutions les plus récentes en matière de servantes équipées concernent la traçabilité des outils. Les deux leaders du marché, Facom et Sam Outillage, ont équipé leurs outils de puces RFID permettant de les localiser. Et la servante, lorsqu’elle est connectée aux outils, devient intelligente, en mesure de signaler un outil manquant lors de sa fermeture. Certes, ces initiatives nées pour répondre aux besoins d’industries de pointe comme l’aéronautique et le nucléaire sont encore des marchés de niche mais ils devraient être appelés à se développer. Et au-delà de l’identification des outils qu’elle contient, la notion de servante intelligente introduit aussi de nouvelles dimensions, notamment dans l’organisation du travail en autorisant par exemple un contrôle de l’accès des utilisateurs. On est alors bien loin de la simple caisse à outils sur roulettes. 
Agnès Richard