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Les vêtements de métier dans le bâtimentBati N° 31 - Oct. 15
Pas d’uniforme de rigueur

A l’exception de quelques professionnels comme les peintres ou les charpentiers, les différents corps de métier du bâtiment cultivent peu le goût pour une tenue spécifique. Privilégiant la fonctionnalité et le confort plus que la notion de métier, les marques spécialisées dans le vêtement de travail estiment toutefois que la notion de métier est importante sur le point de vente puisqu’elle permet au vendeur de bien comprendre les besoins du client et dans quel environnement il évolue. C’est aussi l’occasion d’inciter les professionnels du bâtiment à quitter leur jean basique et leur vieux t-shirt au profit de tenues mieux adaptées.

Selon l’adage populaire, l’habit ne fait pas le moine. Un avis que semble partager l’artisan du bâtiment, qui se distingue de moins en moins de ses comparses en fonction de sa typologie de métier. Certes, pendant longtemps, le code couleur a été le signe distinctif d’un corps de métier donné : le blanc pour les peintres, le vert pour les jardiniers, l’écru pour les tailleurs de pierre, le brun pour les menuisiers, le noir pour les couvreurs et les charpentiers, les seuls par ailleurs à bénéficier d’un pantalon de forme particulière, le largeot... Mais nombre d’artisans se sont aujourd’hui affranchis de ces signes de reconnaissance extérieurs. Certaines professions toutefois résistent à l’universalité, en particulier les jardiniers et autres spécialistes des espaces verts qui ne voient leur vie professionnelle qu’en vert et, surtout, les peintres qui endossent toujours, dans la quasi-totalité des cas, des vêtements de travail blancs.

Le blanc du peintre

Pour le peintre, la tenue blanche fait quasiment partie de sa personnalité. Grand consommateur de vêtements de travail, ce professionnel se salit vite, ce qui fait que le blanc 100% coton, facile à entretenir, reste dans la plupart des cas un atout important lors du lavage et dispose d’arguments tout aussi attrayants en matière de compétitivité prix.
Homme de l’art dans la finition des surfaces, le peintre achète souvent ses vêtements chez les grossistes en peinture, d’où aussi son attachement à la tenue d’origine. Travaillant plus souvent au sein d’entreprises généralistes dans le second œuvre, ceux qui s’approvisionnent dans les négoces en matériaux sont sans doute plus enclins à s’évader de la tenue traditionnelle et ce, d’autant plus, qu’ils multiplient les cordes à leur arc, comme la pose de plaques de plâtre ou encore des sols.

Si le coloris blanc tend à s’associer à du gris, les vêtements modernes pour peintres, que portent aussi les plâtriers et plaquistes, ont gagné également en fonctionnalités et en confort. Les pantalons disposent de poches renforcées en Cordura®, capables de résister aux couteaux à enduire, et sont conçus dans des tissus résistants aux accrochages et permettant d’absorber les éclaboussures de peinture. Ils laissent ainsi le porteur au sec ou, du moins, lui donnent le temps d’essuyer le liquide avant qu’il entre en contact avec son épiderme. La présence de renforts aux genoux peut également augmenter la longévité et la résistance du pantalon et contribue à donner à la tenue une image plus technique.

Le largeot du charpentier

Une autre profession a réussi à préserver ses codes, même si, là encore, selon certains, les traditions tendent à se perdre. Au-delà du code couleur noir, c’est la coupe du pantalon, le fameux largeot, en moleskine ou en velours, qui pendant longtemps a effectivement désigné le charpentier. Ce pantalon, créé par Adolphe Lafont en 1896, présente une forme ballon, le bas étant resserré pour éviter au professionnel de s’accrocher à l’échelle. Il dispose également d’une poche passepoilée sur la cuisse pour le mètre pliant, le crayon et la jauge.

Si aujourd’hui, le charpentier a à sa disposition des coupes plus contemporaines, ce spécialiste du travail en hauteur a intérêt à privilégier des modèles confortables, favorisant son aisance, notamment au niveau des cuisses, dans des positions pas toujours évidentes, et dotés de poches lui permettant de garder ses outils sous la main.
Le couvreur partage souvent la même tenue. Néanmoins, ses habitudes varient en fonction des régions et de la nature des toitures. Plus ce professionnel est spécialisé, plus il est attaché au vêtement traditionnel du charpentier. C’est le cas par exemple des zingueurs et des couvreurs des régions Est, Centre jusqu’aux pays de Loire. En Ile-de-France, les couvreurs adoptent des pantalons de coupes classiques.

Les genoux du poseur de sol

Si le poseur de sols n’a ni coloris ni coupe particulière, il retient de plus en plus l’attention des fabricants de vêtements qui lui proposent des pantalons réalisés dans une matière particulièrement souple et légère pour une grande liberté de mouvement, avec de l’aisance au niveau  de l’entrejambe pour lui permettre de se pencher plus facilement. La pression exercée sur les coutures au niveau des cuisses est ainsi mieux répartie pour un confort optimal. Le polyester/coton est favorisé pour faciliter notamment le lavage lorsque des tâches de colle imprègnent le pantalon. Travaillant en position constamment agenouillée, le poseur de sol dispose également de poches situées entre le genou et l’aine pour y glisser des accessoires et y avoir facilement accès.

Surtout, il doit accorder une vigilance particulière à ses genoux. Selon Prévention BTP, le carreleur passe environ six heures à genoux au cours d’une journée de travail de huit heures, mettant à rude épreuve ses articulations. De plus, les surfaces d’appui sont souvent humides, favorisant les rougeurs, les douleurs ou les callosités. Ce type de travail peut aussi entraîner une affection invalidante, l’hygroma, reconnue maladie professionnelle depuis 1972. D’où la mise au point de poches genouillères composées à 99% de Cordura®, donc cinq fois plus résistantes que le reste du vêtement et isolant le porteur de l’humidité. Certaines marques lui donnent les moyens également de renforcer cette zone à l’aide de patchs de protection thermocollés. D’autres proposent des plaques qui ont déjà la forme de la jambe, donc plus faciles à insérer et plus confortables que la plaque habituelle qui donne parfois au professionnel une allure de hockeyeur. Il existe également des genouillères en gel, toujours pour offrir plus de confort dans la durée. Ces équipements sont bien entendu disponibles pour les autres métiers du bâtiment.

Les cuisses du maçon

Exerçant dans un environnement de travail souvent difficile, le maçon doit adopter une tenue résistante, dans des tissus très robustes (300 à 370 gr/m²), avec des coutures doubles ou triples à l’entrejambe pour accroître la résistance. Des poches solides permettent d’accueillir sans dommage toute sorte d’outils et des renforts aux genoux et aux chevilles ajoutent encore à la robustesse du pantalon. Des patchs de protection thermocollés sont cette fois disponibles pour les cuisses. Ce qui permet au maçon habitué à manœuvrer des parpaings en s’aidant de ses cuisses de gagner en confort et de préserver son pantalon plus longtemps.

Confort et sécurité

Bien entendu, certains professionnels sont dans l’obligation de recourir à des vêtements normés, c’est le cas de haute-visibilité (EN 20471) pour tous les professionnels qui travaillent dans le TP et ont besoin de renforcer leur visibilité dans des conditions de travail dangereuses. Soumis au risque de l’arc électrique et de l’électricité statique, l’électricien doit, lui, porter une tenue de travail dépourvue de parties métalliques, avec une mercerie en plastique pour éviter les risques de conductions électriques. De leur côté, ceux qui travaillent dans les espaces verts ou en milieu forestier peuvent adopter vestes et pantalons dotées de caractéristiques anti-coupures.

Le sourire du plombier

Si la plupart des professionnels du bâtiment n’ont pas de tenues particulières, ne croyez pas pour autant que les fabricants de vêtements de travail se désintéressent des typologies spécifiques liées aux métiers. Toutefois, à l’exception déjà mentionnée des peintres, des paysagistes et des charpentiers-couvreurs, les gammes regroupent l’ensemble de leur offre dans une grande catégorie artisans ou professionnels du bâtiment et des travaux publics, avec des attentes souvent transversales aux différents corps de métier. Il faut reconnaître aussi qu’une prise en compte très précise des besoins d’une population spécifique risque de conduire à une sur-segmentation, peu compatible avec des notions de rentabilité. Pour un fabricant, proposer un pantalon pour les soliers, par exemple, n’a de sens que si les besoins spécifiques de ce corps de métier sont partagés par ses homologues sur le plan mondial.

D’ailleurs, de nombreux critères techniques sont communs à l’ensemble des professionnels du bâtiment. C’est le cas des poches genouillères, tous les artisans étant amenés à un moment ou l’autre de la journée à travailler à genoux, des coupes d’aisance et des coutures renforcées à l’entrejambe, des différentes longueurs de jambes pour que chacun, quelque soit sa morphologie, ait une tenue à sa mesure avec les genouillères au bon endroit, et bien entendu les tailles insérées plus haut par rapport aux hanches de façon à offrir une meilleure tenue et d’éviter que lorsque le pantalon est chargé d’outils et que le professionnel se baisse, ce dernier ait les reins à l’air. Le but est d’oublier le fameux sourire du plombier.

Sportswear attitude

Les fabricants ont fait également évoluer leurs coupes pour se mettre au diapason de la mode, avec des pantalons qui se portent plus bas qu’antan, mais aussi en développant des modèles féminins, les femmes étant de plus en plus présentes dans l’univers du bâtiment. Sachant que nombre d’artisans travaillent encore avec un vieux t-shirt et un jean basique, les gammes de vêtements de travail se font aujourd’hui l’écho de la tendance sportswear, de plus en plus prisée dans le bâtiment, avec notamment un essor du denim. L’objectif est de reléguer aux oubliettes le jean basique cinq poches, au profit d’un jean de travail fonctionnel, avec notamment des poches genouillères et des poches adaptées à l’accueil d’outils, et conçu dans un tissu jusqu’à quatre fois plus résistant que le denim traditionnel. Ils tentent également de déployer de nouveaux coloris, parfois à la demande.

Parler métier

Ce développement du sportswear dans le vêtement de travail ne dispense pas pour autant le vendeur de questionner leur client sur leur métier et ce qu’il implique, ce qui va l’aider à comprendre les besoins du professionnel et l’inciter à quitter son vieux jean en valorisant des vêtements techniques mieux adaptés et de lui permettre de prendre conscience également de la nécessité de s’intéresser à ce qu’il va porter en haut. En effet, souvent l’attention concerne le pantalon, porteur des fonctionnalités techniques spécifiques, le haut témoignant plutôt de l’image que renvoie le professionnel, critère on le sait aujourd’hui important.

Ainsi, si le menuisier est amené surtout à travailler à l’intérieur, le maçon, par exemple, est conduit à évoluer à l’intérieur et à l’extérieur. Ceci ouvre la porte aux polaires, aux softshells, aux sweats, aux gilets sans manche, aux parkas avec manches et doublures amovibles, sans oublier les sous-vêtements qui s’adaptent à l’effort fourni en offrant une isolation optimale et une évacuation de l’humidité et permettent ainsi au porteur de rester au chaud et au sec. En saison automnale, les vêtements de protection contre la pluie ont toute leur place dans les assortiments tandis qu'en été, les bermudas, pantalons légers, t-shirts anti-UV qui protègent contre les mauvaises odeurs, et autres polos deviennent des vêtements de travail convenant mieux qu’une tenue conçue dans un tissu épais et rigide. Au-delà d’une tenue spécifique, ce sont donc une multitude de possibilités, en termes de tissus, de coupes, de fonctionnalités, qui s’offrent au professionnel du bâtiment, en fonction de l’environnement dans lequel il évolue, comme cela se fait déjà dans l’univers du sport. 
Agnès Richard



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