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Les vêtements normés pour l'industrieBBI N° 123 - Fev 15
Les vêtements multirisques tissent leur toile

Stimulés par l’obligation réglementaire, les vêtements de protection contre la chaleur et la flamme, la projection de métal en fusion, les risques liés à l’arc électrique, aux projections de produits chimiques et aux décharges électrostatiques profitent plutôt d’une dynamique ascendante. Si le vêtement multirisques, associant plusieurs normes tire notamment son épingle du jeu, son succès traduit aussi parfois une évaluation imprécise des risques sur les différents postes de travail dans l’entreprise. Le marché des vêtements de protection pour l’industrie gagne toutefois en maturité, en témoigne le développement des vestiaires et la prise en compte de critères comme le confort et le style.

Un vêtement de protection n’est pas un vêtement de travail comme les autres. D’ailleurs, selon l’INRS, la confusion entre les deux vocables est susceptible d’être source d’accidents du travail. « Là où le premier doit obligatoirement être mis à la disposition des travailleurs par l’employeur, le second n’est qu’une dotation à l’achat de laquelle le travailleur est censé participer. » La Directive européenne 89-656 définit ainsi l’obligation de l’employeur en matière d’équipements de protection individuelle. L’article R.4713 du Code du travail lui impose de fournir gratuitement à ses équipes des équipements conformes aux dispositions légales. Depuis fin 2011, le chef d’entreprise a également pour obligation d’établir le DUER (document unique d’évaluation des risques) qui analyse les risques pour chaque poste présent dans l’entreprise et d’y apporter des solutions. Si le risque avéré n’est pas pris en compte par une protection collective, la réponse peut donc passer par la mise en place d’équipements de protection individuels, comme le port de vêtements adaptés.

Les risques sur lesquels nous nous sommes concentrés pour ce dossier sur les vêtements normés figurent parmi ceux qui sont le plus couramment rencontrés par les opérateurs de l’industrie : la protection contre la chaleur et la flamme, la projection de métal en fusion, les risques liés à l’arc électrique, les projections de produits chimiques et les risques électrostatiques.

En fait, c’est le besoin de haute-visibilité (non étudié ici) qui, dès 1994, a été le premier risque à faire l’objet d’une normalisation, suivi ensuite de la protection contre les produits chimiques et contre le feu. Cette poussée réglementaire a bien entendu favorisé le développement du marché du vêtement de protection qui, selon l’Atlas 2014 d’En Toute Sécurité, représente 31% du marché global des EPI (2,2 milliards d’euros au total en retrait de 2,2%). S’il est difficile de connaître le contour exact des vêtements normés que nous considérons, les acteurs du marché s’entendent tous pour reconnaître une croissance de 2 à 3%, alors que le workwear est, lui, plutôt en baisse.

Protection soudeur et anti-feu

Les deux certifications actuellement les plus exigées sont liées à la protection dite soudeur. L’heure n’est plus à doter les équipes de vêtements 100% coton, fibre réputée plus résistante à la flamme que le polyester qui a naturellement tendance à fondre et donc à adhérer à la peau face à une température excessive ! Pendant les opérations de soudage et autres procédés techniques ayant des risques comparables (meulage...), le travailleur doit obligatoirement porter une tenue répondant à la norme ISO EN 11611 (anciennement EN 470-1). Elle concerne donc la protection contre les petites projections de métal en fusion, contre le contact de courte durée avec une flamme, contre la chaleur radiante provenant de l’arc et fournit un certain degré d’isolation électrique en cas de contact accidentel avec un conducteur dont le voltage est approximativement supérieur à 100 volts en courant continu dans des conditions normales de soudage. Cette norme spécifie deux Classes comportant des exigences de performance différentes. La Classe 1 est la protection contre les risques faibles lors de techniques de soudage et d’environnements (ouvert, fermé...) provoquant peu de projections et une chaleur radiante faible (TIG, MIG en courant faible par exemple). La Classe 2 concerne les risques plus importants lors de méthodes de soudage et de situations provoquant plus de projections et une chaleur radiante plus élevée (MIG en courant élevé, oxycoupage, MAG).

Néanmoins, les vêtements à cette norme ne sont que des retardateurs de flamme. L’objectif est que le tissu retarde le flux thermique, c’est-à-dire la conduction de la chaleur de l’endroit du vêtement vers l’envers. A partir du moment où la chaleur se diffuse sur l’envers, la peau du porteur commence à s’échauffer. Le vêtement a donc pour mission de résister un certain nombre de secondes avant que le soudeur ne soit brûlé au second degré (valeur de référence souvent utilisée pour établir les performances de flux thermiques). Pour une protection plus importante, il doit notamment revêtir un tablier de cuir.

Souvent associée à la norme ISO EN 11611, la protection anti-feu ISO EN 11612 (anciennement EN 531) correspond, elle aussi, à un retardateur de flamme. Elle est dédiée aux vêtements de protection pour tous les travailleurs exposés à la chaleur et à la flamme, autres que les pompiers et les soudeurs qui disposent de leurs propres normes. Ses exigences sont donc applicables aux vêtements pouvant être portés pour un large éventail d’utilisations finales, dès lors qu’il existe un besoin de vêtements de propagation de flamme limitée et où le porteur peut être exposé à une chaleur émise par rayonnement, par convection ou par contact ou à des projections/éclaboussures de métal en fusion. Les performances du vêtement sont définies à travers des lettres, figurant le cas échéant à côté de la norme : A pour la propagation de la flamme, B pour la chaleur convective, C pour la chaleur radiante, D pour les projections d’aluminium en fusion, E pour les projections de métal en fusion (fer, cuivre) et F pour la chaleur de contact.

Trois choix de tissus

Pour répondre aux performances des risques couverts par les normes ISO EN 11611 et 11612, les acheteurs ont le choix entre trois grandes catégories de tissus.
Les produits les plus standard, représentant à l’heure actuelle l’essentiel des volumes pour des raisons économiques, sont principalement sur une base majoritaire coton traitée ignifuge par un traitement de surface de type Proban®. Les produits chimiques de traitement sont souvent activés grâce à une chaleur intense, ils produisent des résidus carbonés et des gaz qui empêchent la combustion pendant une certaine durée. Les limites des tissus ignifugés tiennent au fait que les produits chimiques ajoutés peuvent être affectés ou éliminés par des facteurs externes, notamment le lavage. Leurs propriétés de protection contre la chaleur et les flammes se conservent donc pendant la durée indiquée d’usure, à savoir jusqu’à un nombre maximum défini de cycles de nettoyage et le respect par l’utilisateur des instructions.

La seconde catégorie concerne les fibres modifiées chimiquement pour retarder le départ de la flamme, comme l’acrylique modifié, qui va être utilisé en mélange avec du coton, de la viscose ou du polyester.

Pour finir, les fibres aramides, comme le Nomex®, sont dites inhérentes, c’est-à-dire que leurs caractéristiques structurelles intrinsèques les rendent naturellement ininflammables. Plus coûteuses, elles ont aussi une promesse de durabilité plus importante que les premières. Ces caractéristiques étant intégrées à la structure, elles ne peuvent pas être lessivées ou éliminées par un processus de nettoyage, ou par l’usure, et elles vont continuer à offrir le même niveau de protection pendant toute la durée de vie du vêtement. De plus, leur performance reste de mise malgré l’éventuel non-respect des instructions de nettoyage données par le fabricant.

Protection contre l’arc électrique

Plus récente, la protection contre les dangers thermiques de l’arc électrique a en commun avec les premières la résistance à la flamme. Les vêtements bénéficiant de la norme CEI 61482 (anciennement CLC TS 50354) se déclinent en fonction de deux classes de protection à l’arc des matériaux et articles d’habillement : la Classe 1 (4 kA) et la Classe 2 (7 kA). En fait, ces vêtements, utilisent souvent des tissus obéissant aux normes précédentes qui ont subi un test supplémentaire mesurant leur résistance à un arc électrique de 4 000 ou 8 000 ampères.

Au-delà de la protection offerte par le tissu, les coutures du vêtement doivent résister et les fermetures à glissières fonctionner après avoir été frappées par l’arc électrique pour que le porteur puisse s’extraire rapidement de sa tenue.

Protection antistatique

Par ailleurs, les normes ISO EN 11611 et 11612 sont souvent combinées avec la protection antistatique, couverte par la norme EN 1149-5. Le tisseur ajoute alors dans la confection un fil carbone ou un fil métal qui permet de dissiper l’électricité statique et évite les étincelles susceptibles de provoquer un incendie. Le fil métal est bien entendu proscrit en cas de protection à l’arc électrique. La protection antistatique est requise pour les opérateurs agissant dans des environnements à atmosphère explosible (Atex) et pour ceux qui travaillent dans des laboratoires où la moindre décharge antistatique peut détériorer la production (composants micro-électroniques...).

Protection chimique

Les vêtements de protection contre les risques chimiques sont, eux, classés en six types en fonction du niveau de protection apportés. De 1 à 4, le matériau et les assemblages sont étanches et font barrière au passage d’un produit chimique ou gazeux. Le type 5 est dédié aux produits solubles en sus dans l’air (ex. amiante). Le type 6, correspondant à la norme EN 13034 type6/PB6, offre le niveau de protection le plus faible et couvre les applications les plus courantes. Cette norme spécifie les exigences minimales pour les vêtements de protection chimique à usage limité et réutilisables.

Les vêtements répondant à cette norme offrent ainsi une protection limitée contre l’exposition aux aérosols liquides, au brouillard et aux légères éclaboussures. Ils disposent d’une déperlance, obtenue au fluor de carbone, un traitement de type Hydro-Tech® qui évite au produit projeté de pénétrer. En revanche, le tissu doit être régulièrement ré-imprégné après le lavage dans une solution fluorocarbonée, dont l’effet déperlant est réactivé lors du séchage. Concrètement, cette opération de ré-imprégnation est réalisée à chaque entretien par une entreprise spécialisée dans le nettoyage du linge.

Entretien et traçabilité

De façon générale, les entreprises confient de plus en plus l’entretien de leurs vêtements normés à ce type de prestataires, souvent des blanchisseries professionnelles, ce qui suppose de la part des fabricants la mise sur le marché de vêtements aptes au lavage industriel. L’employeur est par ailleurs responsable du maintien en bon fonctionnement de l’EPI.

L’intérêt de cette démarche est de favoriser l’utilisation de vêtements protégeant réellement l’utilisateur. Au bout d’un certain nombre de cycles de lavage (indiqué par le fabricant), ou en cas d’accroc, le vêtement peut ne plus protéger correctement le porteur alors que le logo de la norme reste bien en place ! En charge de l’entretien de l’EPI, le prestataire vérifie alors le bon état de la protection, effectue le cas échéant une réparation avec du fil dûment normé, et contrôle le nombre de lavages effectués. A cette intention, le vêtement est équipé d’un code à barres thermocollé, souvent sur le col ou à la ceinture, qui permet un suivi tout au long de sa vie. Dès que le nombre maximal de cycles est atteint ou si le vêtement est détérioré, le blanchisseur professionnel l’envoie au rebut.