Base articles

Protection de la personne : Chaussures de sécuritéBBI N° 93 - Oct. 11
Chaque métier trouve chaussure à son pied

Marché mature évalué à six ou sept millions de paires en France, la chaussure de sécurité évolue toutefois vers plus de valeur ajoutée, les évolutions technologiques de ces dernières années tendant à se généraliser. Surtout, les marques du secteur cherchent à proposer des modèles adaptés précisément aux besoins d'un secteur d'activité donné, tout en prenant en compte de plus en plus un critère devenu incontournable : le look de la chaussure.
Dossier réalisé par Agnès Richard & Dominique Totin

Reconnue comme un outil de travail, la chaussure de sécurité constitue aujourd'hui l'un des principaux marchés de l'EPI. Plus précisément, elle représente la part la plus importante du marché des équipements de protection du pied, évalué selon le Synamap à 145,5 millions d'euros (19,9% du marché de l'EPI en 2009).

Néanmoins, en France, comme dans les autres pays d'Europe occidentale, ce marché est jugé mature, soutenu par les exigences qui incombent au chef d'entreprise en matière réglementaire. Les employeurs ont effectivement obligation d’équiper leurs salariés en EPI les garantissant des risques éventuels encourus dans le cadre de leur activité professionnelle. Ainsi, depuis cinq ans, la progression des ventes de chaussures de sécurité dans les pays de l'Europe de l'Ouest se résume à +0,1%. En revanche, sur la même période, l'Europe de l'Est enregistre une croissance de +5%. Ce décalage traduit évidemment la prise en compte plus récente des questions liées à la sécurité des travailleurs mais exprime aussi que, délocalisation aidant, les besoins d'équipement de l'industrie se situent incontestablement plus à l'est qu'à l'ouest. Par ailleurs, les acteurs du marché enregistrent désormais peu de pics dans leurs ventes, si ce n'est à la rentrée avec l'équipement des jeunes des lycées techniques et en fin d'année, le phénomène des dotations en vigueur dans certaines grandes entreprises.

Conséquence de la maturité du marché sur fond d'ambiance de crise économique, les prix moyens ont également baissé. Si les produits d'entrée de gamme représentent environ un quart des volumes vendus en France (sur un global de six à sept millions de paires annuelles), les avancées technologiques de ces dernières années tendent à se démocratiser et à glisser du haut de gamme vers le milieu de gamme. Autrement dit, pour le même budget, l'acquéreur a plus d'innovations sous le pied. En France, le prix moyen se situerait ainsi aux alentours de vingt-deux à vingt-quatre euros (prix au distributeur), sachant que l'on peut trouver sur le marché des paires à neuf euros comme à cent euros. En Espagne, il a chuté à quinze ou dix-huit euros alors qu'en Europe du Nord, il atteint trente euros.

Changement de paysage

Si moins de pieds sont à chausser dans l'industrie lourde, les acteurs du marché de la chaussure de sécurité ont trouvé de nouveaux relais de croissance à travers l'émergence d'autres activités comme les services, la logistique, les nouvelles technologies, la grande distribution, les transports, la restauration, l'hôtellerie, etc. Par ailleurs, l'agroalimentaire et la construction, secteurs peu délocalisables, sont toujours très demandeurs de ce type d'équipements.

La diversité du profils des utilisateurs se traduit aujourd'hui chez les marques par des gammes structurées en fonction des activités, de façon à proposer l'équipement le plus approprié : la chaussure de sécurité d'un ouvrier du métal ne requiert évidemment pas les mêmes attributs que celle d'un manutentionnaire dans un entrepôt logistique, ou encore que celui qui opère dans un environnement Atex.

Néanmoins, tous, quel que soit leur profil, ont besoin d'une chaussure de sécurité adaptée à leur fonction, ce qui en France passe dans la majeure partie des cas par la présence minimale d'une semelle antiperforation. Rappelons toutefois que la chaussure de sécurité fait partie des chaussures à usage professionnel, cette famille englobant également les chaussures de protection et les chaussures de travail. Conçues sans embout protecteur, ces dernières répondent aux exigences de la norme EN ISO 20347 tandis que les chaussures de protection, conformes aux exigences de la norme EN ISO 20346, sont équipées d’un embout protégeant contre les chocs à un niveau d’énergie maximal équivalent à 100 Joules (l’équivalent d’un poids de 10 kg tombant d’une hauteur de un mètre). Répondant aux exigences de la norme EN ISO 20345, les chaussures de sécurité possèdent en embout protégeant contre des chocs équivalents à 200 Joules. Toutefois, une réflexion actuellement en cours quant à l'évolution de la norme viserait à faire disparaître la chaussure de protection, dont la situation est jugée trop intermédiaire entre la chaussure de sécurité proprement dite et la chaussure de travail.

Vers le zéro pénétration

C'est surtout l'évolution actuelle de la norme ISO 20345 concernant la semelle antiperforation des chaussures de sécurité qui intéresse les acteurs du marché. La plupart ont d'ailleurs déjà anticipé ces changements dont le décret d'application pourrait survenir en 2012.

Globalement sur le marché, il existe deux types de semelles antiperforation, dont le poids est sensiblement équivalent sur le marché. Les premières sont en acier inoxydable (caractéristique rendue obligatoire pour éviter que la semelle ne se dégrade sous l'effet de la corrosion) et les secondes sont conçues avec des textiles de fibre haute-ténacité (type Kevlar). Ayant été mis en place pour mesurer la résistance à la perforation des semelles acier, les tests de la norme convenaient moins bien à la semelle textile, dont les performances antiperforation sont liées notamment à la superposition de plusieurs couches. D'où l'évolution actuelle qui se conclura probablement par une obligation de la semelle textile à prévenir tout risque de perforation, y compris avec des pointes de petite taille.

Intéressants en termes de légèreté et de flexibilité, les inserts fabriqués en textile présentent en outre le grand intérêt de protéger l’intégralité de la plante du pied. Avec les inserts métalliques, une petite zone périphérique de la plante du pied demeure non protégée. L'autre intérêt de la semelle textile réside évidemment dans ses caractéristiques amagnétiques, atout incontournable lorsque l'opérateur doit franchir des portiques de sécurité, et son aptitude à ne pas conduire le froid.

Le confort, un gage de sécurité

La notion de confort, intimement liée à celle de la sécurité, se retrouve à tous les niveaux de la chaussure et fait figure d'inventaire à la Prévert : qualité des composants et de la matière première pour assurer résistance et souplesse, matière sur injectée sur l'embout de protection pour amortir les chocs lorsque les orteils sont pliés (par exemple pour des couvreurs), inserts absorbeurs d'ondes de chocs dans les talons et dans la semelle, structure concave de la semelle qui permet de restituer de l'énergie à chaque pas, languettes matelassées qui suivent la marche sans stresser le cou-de-pied, doublure minimisant l'échauffement du pied...

La semelle extérieure, celle qui est en contact avec le sol, est plus particulièrement au cœur de ces préoccupations. Depuis 2007, cette dernière fait l'objet de tests de résistance à la glisse, sur tôle et sur céramique qui figurent dans la norme (voir encadré). Pour être performantes tant sur des critères d'adhérence au sol, de résistance, que de légèreté, la semelle de marche joue sur son architecture et sur les matériaux qui la composent : le nitrile (résistance à l’abrasion, aux hydrocarbures, à la chaleur), l'Evéa (confortable et léger), le polyuréthane simple (PU), le polyuréthane expansé, le polyuréthane double densité (PU2D) qui permet d’obtenir à la fois une couche d’usure suffisamment dure et une semelle de confort moelleuse et le polyuréthane thermoplastique (TPU), une matière stable aux bonnes qualités de résistance chimique et mécanique existant également en version expansée, encore plus légère.